Pendant cette nuit pénible, j’ai dû me retourner 100 fois sur mes sièges, si bien que je suis heureux de voir poindre les premières lueurs de l’aube sur les rizières qui défilent. Après 10h sur les rails, Kathleen et moi débarquons enfin à Jogyakarta, la ville des arts, réputée la plus belle de Java. Je n’ai pourtant demandé l’hospitalité à personne ici, mais un jeune homme voyant sur mon profil que j’étais dans la capitale m’a proposé de m’héberger, et une invitation ne se refuse pas. Comme ma camarade a également trouvé un hôte, nous somnolons deux heures dans un café en attendant une heure plus acceptable pour appeler nos contacts respectifs. Sutardi, 23 ans, vient me chercher à la gare en moto, et puisque c’est moi qui paye la location, je réclame le guidon. Nous sortons de l’agglomération pour rouler une bonne demi-heure avant de stopper pour manger un morceau. Mon nouvel ami m’explique être étudiant en audiovisuel et habiter avec ses parents, d’humbles paysans, et deux de ses frères. Il m’avoue aussi son homosexualité, qu’il doit pourtant cacher à sa famille et à la plupart de ses amis. Il a bien un petit-ami hollandais, à l’Ouest de Java, mais il refuse d’aller vivre à la ville avec lui. A Bantul, son village, nous roulons dans de magnifiques allées très étroites, envahies d’une végétation luxuriante qui dissimule de petites cahutes. Devant sa maison de briques et de tuiles, simpliste mais récente, il me raconte que la précédente s’est écroulée lors d’un tremblement de terre, en 2006. La famille a dû dormir dehors pendant deux mois, et deux ans plus tard, grâce aux maigres subventions du gouvernement, ils ont finalement pu construire celle-ci. Dans le minuscule jardin se trouve un puits, les latrines et un abri pour quelques chèvres ; l’intérieur, des plus rudimentaires, est composé d’une cuisine noircie par la fumée, d’une salle à manger relativement spacieuse et de trois petites chambres. Sutardi m’offre gentiment son lit, juste des planches posées sur un cadre. Ensuite, impatient de me rafraîchir, je nous conduis à la mer toute proche. Les vagues qui déferlent sur le sable noir sont suffisamment violentes pour que la baignade soit interdite, et même en prenant bien garde de rester au bord, je me fais rudement secouer. Dans la soirée, après une sieste réparatrice, la maman me sert une grosse assiette de riz et de nouilles, agrémentés de trois brindilles vertes ; pour la remercier de son hospitalité, je lui donne un gros billet de 100 000 (8 euros). Puis Sutardi, fasciné par les occidentaux, insiste pour que nous retournions en ville pour nous joindre à un repas d’expatriés. Dans un bon restaurant, au milieu entre autres d’un hollandais, d’une finlandaise, d’un néo-zélandais ou d’une russe, je m’efforce de participer à une conversation qui ne m’intéresse que très moyennement, tandis que mon jeune ami ne dit bizarrement pas un mot.


dimanche 3 mars 2013 - 870e jour
Comme nous nous dirigeons tous les deux vers la même destination, Kathleen et moi avons décidé de voyager ensemble dans un train de nuit. D’ici-là, Zulfa veut nous montrer un parc de loisirs, l’Indonésie en miniature. Comme ses parents se rendent à un mariage, ils ont la gentillesse de nous y déposer en voiture. D’emblée, on constate que les lieux n’ont rien de mini : autour des vastes installations s’étendent plusieurs musées ou parcs d’attraction, et en ce dimanche, de nombreux jakartanais viennent s’y détendre en famille. Etant donné les carences des sites culturelles que j’ai vues jusqu’alors, je suis vivement impressionné par celui-ci, admirablement bien conçu. Autour d’un grand étang constellé d’îlots qui figurent le gigantesque archipel, on a aménagé des dizaines d’habitations ou palais traditionnels tous plus originaux les uns que les autres. A l’intérieur, on présente de magnifiques costumes d’époques, des articles artisanaux ou religieux, le tout illustré de cartes et de photos. Au fil des dizaines d’édifices, ceux de Sumatra, de Java et de Bali, ou ceux de Bornéo ou de Papouasie, qui manquerons à mon palmarès, je prends conscience de l’immensité du pays et de sa grande diversité ethnique et culturelle. J’étais sceptique, mais l’ensemble est réellement captivant. Soudain, un violent orage vient interrompre la balade : pendant que nous déjeunons à l’abri, Zulfa nous apporte moult précisions très pertinentes. Puis elle rougit lorsque je lui offre un bracelet acheté discrètement quelques minutes plus tôt. Cette jeune femme est vraiment bourrée de qualité : gracieuse, généreuse, toujours joyeuse, elle se révèle aussi très perspicace. J’ai beaucoup de chance de pouvoir l’ajouter à la longue liste de mes amis du monde. Lorsque la pluie s’atténue, elle pousse l’amabilité jusqu’à nous accompagner en taxi jusqu’à la gare, en plein centre-ville ; et comme souvent, c’est elle qui paye la course. Une fois nos billets en poche, nous allons gaiement patienter deux bonnes heures dans un restaurant, et finalement notre ravissante hôte embrasse ses invités sur le quai. Kathleen et moi prenons place côte à côte dans un wagon de seconde classe, au confort rudimentaire. Malgré sa timidité, elle aussi est une fille attachante : naturelle et souriante, son parcours force le respect. Nous évoquons un moment nos futures destinations, puis chacun retourne à ses occupations : elle à son bouquin et moi à mes écrits. Plus tard, je me déplace dans une banquette inoccupée pour dormir. Aussi mal installé, avec cette chaleur étouffante, la nuit va être longue.
samedi 2 mars 2013 - 869e jour
Fatigués par les trop courtes nuits précédentes, moi et mes copines nous levons assez tard pour ne décoller qu’en fin de matinée. A propos du programme, je n’impose rien mais les filles sont d’accord pour me laisser diriger la manoeuvre : dans la continuité de mes pérégrinations d’avant-hier, je les emmène pour un « city-safari » dont j’ai le secret. Ainsi, nous débarquons juste au Sud de la vieille ville, dans Glodock, le quartier des chinois. Comme ailleurs, ils détiennent certaines des plus grosses affaires du pays, mais aussi de nombreux petits commerces. Dans les rues, les bâtiments sont vraiment défraîchis et les gens n’ont visiblement pas la vie facile, mais on est loin de la misère calamiteuse de Kota. Zulfa, qui ne vient jamais par ici, n’est pas habituée à marcher : comme elle traîne un peu, je m’applique à avancer lentement. Ca ne pose par contre aucun problème à Kathleen qui suit sans dire grand-chose. Nous évoluons à travers une longue ruelle où se déploient les étals du marché Petak Sembilan, jusqu’au joli temple Jin de Yuan, enfumé par l’encens. Nous continuons ensuite la balade vers le Sud en slalomant dans des secteurs résidentiels inégaux, presque au calme, en évitant soigneusement l’air irrespirable des boulevards. Zulfa, qui a pris le rythme, est désormais inarrêtable. Après une pause pour déguster une noix de coco sur le trottoir et une autre dans un fast-food, nous atteignons Merdeka Square, très vaste place pavée et agrémentée de jardins, au milieu de laquelle trône un grand monument : un genre d’obélisque surmonté d’une grosse flamme soi-disant en or massif. Non loin de là, nous nous rendons à la grande mosquée Istiqlal, un cube blanc massif coiffé d’un dôme. Pendant que notre hôte part faire sa prière, fort de mes expériences dans une dizaine de pays musulmans, je précise à Kathleen les rudiments du Coran pendant que nous assistons à la cérémonie. Dans l’immense salle, avec ses piliers métalliques et sa coupole bleue, l’appel du muezzin diffuse une atmosphère troublante. En sortant, alors que la nuit est tombée, nous entrons cette fois dans la cathédrale catholique où nous assistons à la messe. L’édifice contemporain, de style gothique, est plutôt réussi. Au son des chants paradoxalement très inhabituels pour moi, c’est maintenant Kathleen qui récite sa prière. Pendant ce temps, j’explique à Zulfa, toujours curieuse, le chemin de croix exposé sous les voûtes. Comme mes charmantes amies, la blonde et la brune, sont d’accord pour marcher encore, nous prolongeons la promenade sur l’avenue principale où les gratte-ciel sont de plus en plus nombreux, jusqu’à atteindre le cœur du centre moderne. Pour conclure la visite ma dernière mégapole asiatique, nous flânons encore dans un temple, dédié celui-là à la religion du shopping : le plus grand et le plus luxueux centre commercial de la cité. Du dénuement des bidonvilles à l’opulence de ce building, deux mondes contraires cohabitent à quelques kilomètres l’un de l’autre.
vendredi 1er février 2013 - 868e jour
Aujourd’hui, Zulfa se permet de sécher son travail pour se consacrer à ses invités ; louable intention qui me permet de me reposer un peu. Tandis que Kathleen dors avec elle dans sa chambre, je reste vautré dans mon grand lit jusqu’à 9h, dans la chambre d’ami. La maison est relativement grande, mais des meubles remplissent toutes ses pièces à l’excès. Outre ses parents, deux des frères de Zulfa vivent ici, mais ils sont tous assez réservés, surement freinés par la barrière de la langue. Après un petit-déjeuner de roi, notre hôte veut nous emmener hors de la ville voir un jardin botanique. Nous empruntons encore le train de banlieue : après une longue attente et un changement, nous roulons jusqu’à la toute dernière station, si bien que nous ne débarquons à Bogor que trois heures plus tard, vers 13h. Pendant tout ce temps, Zulfa et moi avant tout le temps d’échanger moult informations sur nos pays respectifs, tandis que Kathleen reste plongée dans son livre numérique. Heureusement, après ce trop long périple, le parc est superbe, et même si quelques motos y circulent, la coupure d’avec le trafic infernal de Jakarta est salutaire. Nous dégustons une glace sous des arbres majestueux puis nous flânons nonchalamment autour de l’ancien palais présidentiel, entre des bassins et des fontaines, au milieu d’une belle collection de palmiers ou dans le jardin des orchidées. Nous montons ensuite dans un ankot, un de ces minuscules vans délabrés, qui grimpe péniblement une montagne à travers une belle campagne, avant de finir à pied. Notre précieuse guide à la bonne idée de nous accompagner jusqu’à un très ancien temple hindou, mais il est malheureusement trop tard et la concierge, malgré mon insistance, nous refuse l’entrée. Qu’à cela ne tienne, je prends les devants pour contourner le site. Maigre compensation : en coupant dans la brousse, nous parvenons à surplomber le site pour l’admirer dans son ensemble. Nous nous posons ensuite sur la terrasse d’une humble guinguette, au milieu des adolescents et des enfants, évidement curieux de notre présence. Nous profitons là de la fin du jour sur un large panorama vallonnée, avant de repartir via les mêmes moyens de transport que ce matin, pour un trajet tout aussi interminable. Mais Zulfa est décidemment pleine de ressources : nous prolongeons la soirée sur la terrasse panoramique d’un restaurant assez chic, au 15e étage, qui domine les lumières de Jakarta semblant s’étendre à l’infini. Epuisés par cette belle journée, nous ronflons tous les trois dans le train du retour.
jeudi 28 février 2013 - 867e jour
Comme Zulfa habite à 30 km au moins du centre-ville, Kathleen et moi, pour ne pas perdre notre temps et notre chemin, préférons partir avec elle alors qu’elle va au bureau. Le réveil, vers 6h30, est un peu trop matinal à mon goût, mais le petit-déjeuner que nous sert la maman est une belle compensation : un véritable festin nous attend sur la table, du riz bien sûr, mais aussi un tas de beignets et de fruits variés. Nous expérimentons ensuite la vie quotidienne de millions de Jakartanais : d’abord une vingtaine de minutes de scooter dans le trafic, à trois sur la selle, jusqu’au parking de la gare. Le train étant le seul transport en commun hormis le bus, les wagons sont bondés. Mes copines descendent trois quarts d’heure plus tard, tandis que je continue jusqu’au dernier arrêt. Entre les attentes et les changements, le trajet m’aura pris trois bonnes heures. Me voilà au cœur de la vieille ville, Kota. Juste devant la gare art-déco et un gros carrefour, je me pose en haut d’un escalier, muni d’un café, pour tenter de déchiffrer cette invraisemblable pagaille : un trafic monstre engendrant un vacarme et une pollution infernales, des bâtiments délabrés pour la plupart, et une foule compacte qui se bouscule sur des trottoirs encombrés de marchands ambulants et de mendiants. Je m’en extirpe en me faufilant jusqu’à la vaste place Fatahillah, le cœur de l’ancienne Batavia, capitale des Indes néerlandaises fondée au 17e siècle. Puisque fermé à la circulation, l’endroit est paisible, et les grandes bâtisses coloniales, simples mais authentiques, lui donne un cachet remarquable. Je ne manque pas la visite de l’hôtel de ville transformé en musée, et je retourne dans le chaos. Je longe un de ces canaux creusés par les hollandais, devenu une décharge nauséabonde, jusqu’à un vieux pont-levis. De l’autre côté s’étend un quartier d’une misère effarante : des taudis lamentables bricolés les uns sur les autres s’entassent au milieu des ordures et d’égouts infâmes. La densité humaine est énorme et l’insalubrité atteint des sommets ; pourtant, les habitants saluent l’étranger avec un enthousiasme déconcertant. Tout au bout, à l’extrême Nord de la ville, j’atteints le vieux port : des barques fatiguées et quelques vieux bugis, ces gros voiliers en teck, sont amarrés sur les quais tandis qu’au loin croisent d’énormes porte-conteneurs. De retour sur cette jolie place, j’ai une intéressante discussion théologique avec un homme désoeuvré d’une cinquantaine d’année : je l’embauche comme guide pour voir le musée des marionnettes, un brin désuet, un art qui fait partie du patrimoine culturel du pays. Plus tard, sur un grand boulevard irrespirable, je m’aperçois que je déambule depuis 6h au moins. C’est assez, je prends un bus pour me rendre au point de rendez-vous, du côté de la nouvelle ville, nettement plus moderne. Dans un fast-food, je retrouve Kathleen, pas très bavarde, puis Zulfi nous rejoint avec sa bonne humeur habituelle et une de ces amies. A la nuit tombée, nous allons diner sur une de ces petites places, coincée entre deux buildings, ou des dizaines de stands proposent de la cuisine de rue. Nous finissons la soirée en papotant dans un bar international, puis nous rentrons tard, comme la veille, par le dernier train.
mercredi 27 février 2013 - 866e jour
Comme je me suis bagarré avec ces satanés moustiques toutes la nuit, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, ou si peu. Alors quand je monte à bord du ferry, après une heure de taxi collectif, je n’hésite pas une seconde à payer le supplément qui m’autorise à me vautrer sur un matelas de la salle climatisée. Bercé par le roulis, je dors pendant les trois heures que dure le trajet. De l’autre côté, il faut marcher un moment pour traverser les installations portuaires, jusqu’à la gare routière où je monte dans un bus correct ; surtout, j’ai la banquette du fond pour moi tout seul. Tout va très bien jusqu’à ce qu’on approche de la tentaculaire Jakarta, vers 16h ; le trafic s’intensifie alors, nous roulons au pas. Sachant que mon hôte habite une lointaine banlieue au Sud-Ouest, je précise l’adresse au chauffeur pour ne pas avoir à entrer en ville. Il semble avoir bien compris, mais je vois défiler au loin des gratte-ciels, vraisemblablement le centre, qui laissent présager un malentendu. Je descends pourtant bien sous le panneau correspondant, mais les gens m’indiquent que la commune n’est pas la bonne. Me voilà complétement à l’opposé de ma destination, au bord d’une autoroute à la circulation chargée et entouré d’une multitude de bretelles et de ponts. Je parviens à monter dans un bus bondé qui repart dans l’autre sens, puis dans un second à une grosse intersection. Il est déjà 18h quand j’atteints la dite-commune, stoppant dans une station où s’entassent des dizaines de cars. N’étant plus très loin, j’opte pour un taxi, qui roule un moment avant d’appeler le numéro que je lui donne. J’aurai dû commencer par-là, car la demoiselle lui répond qu’elle m’attend… en plein centre-ville. Pour la troisième fois, je traverse donc à nouveau l’agglomération et ses embouteillages ; bienvenu à Jakarta. Il est déjà plus de 20h quand, dans un centre commercial luxueux, je rencontre enfin Zulfa, une jolie brune aux yeux noirs, qui a accepté de m’accueillir pour quelques jours, ainsi que la non moins jolie Kathleen, blonde aux yeux bleus, une américaine également hébergée par mon hôte. Attablé dans un bon restaurant, me voilà donc en charmante compagnie, ce qui ne m’était pas arrivé depuis trop longtemps. Zulfa, 26 ans, employée par une importante entreprise de services informatiques, fait partie de cette nouvelle classe moyenne indonésienne. C’est une jeune femme de son temps, ce qui ne l’empêche pas d’être une fervente musulmane, même si elle ne porte pas le voile. Issue d’une famille relativement aisée, elle a reçu une éducation de qualité, ce qui lui a permis de travailler deux ans à Dubaï, avant de revenir chez ses parents. Ainsi, fait extrêmement rare pour une femme de cet âge, elle a pu accomplir son pèlerinage à la Mecque. Kathleen, elle, s’est permis d’interrompre ses études pendant un an pour parcourir le monde, volant d’un continent à un autre pour explorer une région précise. Elle voyage depuis six mois déjà, seule et du haut de ses 23 ans, ce qui démontre une sacrée force de caractère. Après avoir longuement partagé nos expériences, nous rentrons finalement par le dernier train de banlieue, puis Zulfa embarque ses deux invités sur son scooter jusqu’à sa maison.
mardi 26 février 2013 - 865e jour
A cause de mes coups de soleil et des moustiques, j’ai passé une nuit agitée. Ainsi, levé tard, j’ai bien l’intention de passer une journée tranquille. Je termine donc la matinée dans le salon de l’hôtel, puis en début d’après-midi, à l’arrière d’une moto, je me rends de l’autre côté du port pour observer un curieux phénomène : des fuites de gaz s’échappent d’un petit plateau rocheux, immergé sous un mètre d’eau environ. Quelques monticules de roches brunes et orangées émergent, avec au milieu une flaque bouillonnante. Alors que je marche avec de l’eau jusqu’à la taille, en de nombreux endroits, des bulles agitent la surface ; malgré le courant, l’eau devient parfois si chaude que je suis obligé de faire un détour. L’odeur de soufre ne m’inspirant pas trop confiance, je préfère déjeuner à la terrasse du restaurant, juste en face, où je rêvasse un bon moment devant l’océan. Plus tard, je me fais conduire à une plage que l’on m’a conseillée. En effet, celle-ci est payante, et donc soigneusement nettoyée. Je me dérouille un peu en m’offrant une séance de natation, puis grâce à une échelle de corde, j’escalade un gros rocher en haut duquel on a bricolé une plateforme en bois. De mon perchoir, je contemple longuement le coucher du soleil, avant de rentrer à pied. Ainsi, je parcours pendant plus d’une heure cette jolie campagne, typique des îles tropicales : du relief, des cocotiers et des bananiers, mais aussi des champs de cultures diverses. Une belle journée comme celle-là, aussi paisible, après toute le chemin parcouru ces derniers temps, ça fait plaisir. Le soir, après avoir diné dans sur le trottoir une grosse crêpe trop sucrée, je m’attelle à mes leçons : dès demain, je quitte Sumatra, d’une superficie et d’une population légèrement inférieures à la France, pour débarquer à Java, le coeur culturel, économique et même démographique du pays, avec une densité de population affolante. Sur ses 130 000 km2 à peine fourmillent plus de 135 millions d’habitants. Ca promet un peu d’agitation, surtout que je commence par sa capitale délirante, Jakarta.