zigzags dans le grand corridor


 
 
Lundi 28 juillet 2014 - 1382e jour




Ma remise en question, imposée par la rigueur de la Patagonie, aura été très bénéfique. J'ai fini par admettre que ce continent était bel est bien gigantesque, et que je n'aurai ni assez de force ni assez d'argent pour en faire le tour complet. L'épilogue de mon épopée se rapproche et je compte bien profiter au maximum des derniers mois.

Alors dans la douleur, je me résigne à effacer de mes plans tous les pays du Nord, ceux baignés par la Mer des Caraïbes. Comme prévu, je vais remonter le long de la Cordillère et sillonner l'Altiplano, mais au bout du Pérou, je prévois maintenant de plonger au coeur de l'Amazonie, vers l'Est, et de conclure par le Brésil. Conséquence importante de ce raccourci considérable, je vais pouvoir ralentir légèrement la cadence, rétrograder en 5e pour ne plus rouler à 200 à l'heure mais plutôt à 150.

Aussi, il faut bien se rendre à l'évidence, ma trésorerie sera insuffisante. Je fini donc par accepter l'idée d'emprunter à quelques âmes charitables de quoi financer cet ultime partie. Moi qui donne des piécettes aux mendiants des 5 continents, c'est à mon tour de quémander ; belle leçon d'humilité.

Grandement soulagé par ces résolutions, j'y vois plus clair désormais. Je retrouve l'enthousiasme indispensable pour continuer ma route, et d'ailleurs celle que je m'apprête à tracer au Chili promet d'être terriblement excitante.




Malgré la présence d'une minorité indigène, les mapuches, l'origine et la culture des 17 millions de chiliens sont très largement européennes. Rien de très exotique donc, ce qui ne m'empêche pas de faire quelques heureuses rencontres.

Depuis la fin de la dictature de Pinochet il y a 24 ans, la démocratie se consolide et l'économie, disons libérale modérée, est florissante. Il subsiste encore de grandes disparités, mais le pays que je traverse se modernise rapidement, tout comme les mentalités.

Avant tout, c'est sa topographie qui s'avère extraordinaire : j'ai face à moi un couloir gigantesque de plus de 4000 km de long pour moins de 200 de large en moyenne. Le Pacifique à l'Ouest et la Cordillère des Andes à l'Est encadrent d'autres lignes, une chaîne côtière et des vallées fertiles. C'est un grand bonheur de m'y engouffrer en tapant les bords, un coup à gauche, à la mer, un coup à droite, à la montagne.

Sur le plan pratique, j’y passe 30 jours éblouissants, en effectuant le plus souvent des trajets raisonnables dans des bus récents. Et pour réduire la facture, encore assez salée, je dors dans les dortoirs d’auberges tantôt douillettes, tantôt rustiques, où je croise des voyageurs du monde entier ; et je continue de faire mes courses dans des supermarchés modernes afin de préparer mes repas. Quant à mes progrès en espagnol, trop lents à mon goût, ils ne sont pas facilités par les chiliens, par ailleurs très aimables, qui parlent à toute vitesse en mangeant certaines lettres.




Au Sud donc, je commence par explorer la Granda Isla de Chiloé, la première et la plus vaste des milliers d’îles qui s’égrènent jusqu’au Cap Horn. J’étais impatient de retrouver le Pacifique, mais à bord du ferry, je me demande si ce n’est pas plutôt la Mer du Nord tant le froid est piquant et le brouillard épais. Puis émergent les collines de Chiloé, où l’on reste à l’écart de la modernisation qui agite le reste du pays. Ici, la pêche demeure l’activité principale et la mythologie est tenace, peuplée de fées dansantes, de vilains gobelins ou de puissants sorciers.

Il paraît qu’il pleut tout le temps par ici, et en effet c’est sous une bonne averse que je découvre le petit port animé d’Ancud, assez quelconque depuis qu’il fut reconstruit voilà 50 ans après un violent séisme. Au bout des quais, les humbles chalutiers en bois semblent flotter dans le néant tant le ciel est bas, si bas qu’il touche la surface de l’eau. Je m’attends presque à voir surgir du brouillard le bateau fantôme en flamme qui emporte les morts.


A Castro, capitale de 40 000 habitants, j’ai droit à quelques éclaircies et je m’efforce de me faufiler entre les gouttes. Plantée en hauteur face à une superbe baie constellée d’îlots, cette cité s’avère très pittoresque. Au bord du rivage s’alignent des dizaines de palafitos, des maisonnettes sur pilotis, et dans les quartiers en paliers, les vieilles bicoques se parent de jolis bardages bariolées. Sur la place centrale, impossible de manquer l’église, couverte de tôles protectrices peintes en jaune vif et mauve. A l’intérieur par contre, je comprends mieux pourquoi elle est classée par l’Unesco, comme un quinzaine d’autres alentour. Bâtie aux 17e siècle, intégralement en bois d’essences nobles locales, c’est un véritable chef d’oeuvre de menuiserie qu’ont réalisé les Huilliches, le peuple natif, sous la direction des jésuites.




Ces illustres églises en bois sont le parfait prétexte pour battre la campagne, dessinée par de verdoyantes collines baignées par l’océan. Par monts et par vaux, je me rends dans donc dans de minuscules villages afin d’admirer leur belles chapelles ; celle de Rilan, posté tout au bout d’une presqu’île, à la coquette façade blanche et toit bleu, ou encore celle de Nercon, fraîchement rénovée, qui arbore avec élégance les teintes naturelles du bois.










Direction la montagne ensuite, et la splendide région des lacs, que je rejoins après une journée entière de route et d’attente. Je m’arrête à Pucon, charmante station agrémentée d’une architecture originale, tout de bois et de pierre, et où le cône parfait du volcan Villarrica se reflète dans les eaux claires de son lac. En été ses rives sont envahies de vacanciers mais en cette saison, je suis bien seul pour flâner sur la plage. Cependant c’est bien ce volcan immaculé et son panache de fumée qui m’attire, et c’est sous un grand ciel bleu que je m’empresse de crapahuter sur ces flancs. Je suis un peu frustré d’y croiser tous ces skieurs, mais je me rattraperai bientôt. En attendant, montersur les pistes damées est facile, mais ça se corse drôlement quand je dépasse le dernier tire-fesse. J’avance alors péniblement avec de la neige jusqu’aux genoux, tandis que la pente s’accentue. Je finis par capituler, ravi malgré tout devant le panorama sublime des vallées boisées surmontées par les hauts sommets des Andes.








La pluie est de retour le jour suivant et ça tombe bien car l’équipe de France joue son quart de finale contre l’Allemagne ; contre le poêle, je regarde les bleus se faire piteusement éliminer. Le lendemain par contre, je saute à la première heure dans un car qui m’emmène vers le parc national de Huerquehue. Il est déjà trop tard quand le chauffeur décide de mettre les chaînes, et comme il s’enlise sur le bas-côté, j’abandonne le véhicule et ses occupants pour finir à pied. Plus haut, je m’engage dans une superbe forêt de conifères, de majestueux hêtres et d’immenses araucarias dont certains, millénaires, dépassent les 40 m. Là encore, j’évolue dans la neige fraîche, les pieds encore trempés, et le sentier est invisible ; pourtant la sensation d’être seul au monde dans ce territoire vierge est un grand bonheur. Alorsque je casse la croûte devant un magnifique tableau en noir et blanc, je suis rejoins par un sympathique couple de français avec qui je poursuis la balade. Nous contemplons quelque cascade cachée et toujours plus haut, enfouie dans une forêt merveilleuse recouverte d’encore plus de neige, nous atteignons une petite vallée encaissée ponctuée de deux lacs à moitié gelés. Enchantés, nous y déambulons un moment, au hasard. Sur le retour, je suis quand même impatient de me caler au coin du feu.













Il fait déjà meilleur 800 km plus au Nord, au centre du pays où j’ai prévu plusieurs étapes.  Dans une banlieue de Santiago, la capitale,  je recherche longuement l’adresse de mon contact parmi de vilaines barres d’immeubles. Dans  une de ces modiques maisons mitoyennes, j’ai la joie de rencontrer trois amis pour le prix d’un. Ces gars-là, qui me reçoivent royalement, se connaissent depuis l’enfance ; aujourd’hui trentenaires, ils ont tous une très bonne situation. Felipe, d’origine palestinienne, m’explique qu’il va bientôt quitter son poste d’ingénieur informatique pour partir plusieurs mois en Europe. Hernan, ingénieur lui aussi, s’est permis d’interrompre sa carrière pour reprendre des études pointues. Et Pablo, qui n’a pas vraiment la tête de l’emploi avec ses cheveux longs, est pourtant dentiste. Ils ont chacun pas mal voyagé et, emballés par mon périple, ils me posent en anglais moult questions très pertinentes devant un bon diner.

Pendant les journées qui suivent, je pars explorer le centre de cette vibrante métropole de 6 millions d’âmes. La vaste place centrale, malheureusement en travaux, est entourée comme il se doit de fiers bâtiments coloniaux, comme la poste ou la cathédrale. De là partent plusieurs allées piétonnes pavées et arborées, où s’alignent d’innombrables boutiques, et encore plus à l’intérieur du dédale des galeries commerciales. En circulant au milieu d'une foule compacte, employés de bureaux, vieillards, cireurs de chaussure, clochards ou amoureux, je passe en revue le Congrès, la Moneda et le palais présidentiel dûment gardé. Plus loin, l’immense Plaza de la Ciudadania est coupée par une large avenue au trafic dense. Elle est encadrée de grands bâtiments néo-classiques et de tours contemporaines, et dans le prolongement se dressent d’énormes montagnes toutes proches. Je traverse la zone universitaire peuplée de centaines d’étudiants en uniforme, les ruelles sinueuses du très bourgeois quartier Paris-Londres et ses hôtels particuliers classieux, d’autres faubourgs plus populaires, ici de style art-déco, ou là avec un air de village, des églises trônant devant de petites places ombragées. Puis je retrouve mon cher Felipe dans les rues de Bellavista, où les terrasses de bars branchés débordent sur les trottoirs. Bien sûr, j’arpente le marché central et sa belle structure métallique, mais devenu très touristique je préfère déjeuner au vrai marché, plus authentique, situé plus loin au milieu des grossistes et des entrepôts. Je visite aussi une poignée de musées captivants, comme je ne manque pas de grimper au sommet du Parque Metropolitano, un îlot de nature au dessus du nuage de pollution. D’ici, on domine toute l’agglomération, bordée à l’Ouest par le mur colossal de la Cordillère.








Cette grande ville s’avère vraiment séduisante, assez jolie, très vivante et bien organisée, mais c’est encore plus plaisant de rentrer chaque soir dans un foyer chaleureux. A la maison, je partage le petit-déjeuner avec Pablo, qui annule ses premières consultations avant de se rendre à son cabinet en vélo. Durant une après-midi de repos, Hernan interrompt ses révisions pour regarder avec moi la demi-finale du Brésil, qui prend chez lui la raclée du siècle. Et puis je conseille minutieusement Felipe, qui prépare son voyage dans l’urgence. Avec mes excellents amis, les soirées se déroulent toujours dans la bonne humeur, que leurs petites amies respectives soient présentent ou pas. De passionnants débats alternent avec des éclats de rires,  autour d’un bon vin ou d’une herbe de première qualité, pour se finir le plus souvent devant la Playstation. J’ai l’impression de les connaître depuis des lustres.




Je quitte maintenant la capitale pour me diriger vers la côte. En arrivant a Valparaiso, premier port et seconde agglomération du pays, je remarque instantanément que cette cité historique possède un charme fou. Ses vieux quartiers ont la particularité de s’étendre sur 44 collines escarpées, qui forment un immense amphithéâtre autour de la large baie. En bas, sur l’étroite bande plate, la ville continue de se moderniser autour des installations impressionnantes de son port, où mouillent d'humbles chalutiers à côté de porte-conteneurs géants. On y trouve aussi le Congrès National, un gros cube de béton, ainsi que la grand place, entourée de plusieurs bâtiments officiels de facture classique, ou encore le marché et ses abords vraiment misérables.

Mais surtout, pendant des heures chaque jour, je me fais les mollets dans ces incroyables montagnes russes. Sur ce plan tout chiffonné, des maisons de toutes les époques sont accrochées aux pentes. Pour la plupart, les murs en terre crue sont habillés de zinc, dont les couleurs pastel se marient joliment avec celles des menuiseries usées : Il y en a de toutes les tailles et dans tout les états, mais elles arborent toutes des teintes joyeuses qui tranchent avec le ciel gris. Chaque virage offre un nouveau point de vue sur cette invraisemblable mosaïque de bric et de broc, toutes ces bosses multicolores qui dégringolent jusqu’au Pacifique. Sans relâche, je circule à mi-hauteur sur des rues tortueuses, ou je plonge dans les creux, forcément plus pauvres, avant de remonter par des escaliers traitres ou l’un des nombreux funiculaires brinquebalants. De ces milliers de drôles de baraques, il n’y en a pas une pareille : des bancales ou des plus mignonnes, des toutes petites comme suspendues dans le vide, ou des immeubles en bois de plusieurs étages qui tiennent on ne sait trop comment. Et comme si il n’y avait pas assez de couleurs, les murs de certains quartiers sont ornés de multiples fresques, un  vrai musée à ciel ouvert.








Soudain, un soir, un gros bruit sourd retentit, faisant vibrer les vitres de toute la ville. Ce n’est qu’un léger tremblement de terre : rien de plus normal et pas de quoi s’inquiéter paraît-il.





A la même latitude, je retourne ensuite vers l’Est et les montagnes. Et comme le chemin des cimes est incertain, je fais halte à Los Andes, la bien nommée. Comme ce gros bourg vieillot reste à l’écart des circuits touristiques, je peine à trouver les informations dont j’ai besoin. La neige bloquant l’accès du col, je dois y séjourner plus longtemps que prévu, en trouvant refuge dans une ancienne maison bourgeoise sentant fort le renfermé, où les meubles et les bibelots sont autant d’antiquités qui n’ont pas bougé depuis des décennies.

Finalement, dans un bus qui gravit une côte vertigineuse, via des dizaines de lacets serrés et un tunnel, j’atteints le hameau de Puente del Inca, juste de l’autre côté de la frontière, en Argentine. Si j’ai lourdement insisté pour venir jusqu’ici, c’est pour deux bonnes raisons. La première, c’est que je tenais à saluer le plus haut sommet du continent, l’Aconcagua. Et après avoir remonté la chaussée, il apparaît enfin, magistral, dans l’enfilade d’une vallée extrêmement profonde, culminant à presque 7000 m. Je m’enfonce dans cet environnement colossal pour aboutir au bout du sentier un peu trop vite à mon goût. Je continue donc droit vers le géant, inaccessible, au milieu d’imposantes montagnes. Sur l’une d’elles, je repère une voie qui m’a l’air jouable, mais après un bel effort, la pente s’accentue et le terrain entre glace et graviers devient périlleux.  Je ne suis plus très loin du sommet mais je renonce pourtant ; à croire que je deviens raisonnable.



Comme à l’aller, j’ai encore toutes les peines du monde à m’extirper de cet endroit : je poireaute d’abord deux longues heures dans un froid glacial avant qu’un véhicule ne veuille bien me ramener vers la frontière. Je perds encore du temps à la douane, qu’on est pas censé franchir à pied,puis je marche encore un bon moment du côté chilien pour enfin découvrir la seconde raison de ma venue, Portillo, station de sport d’hiver mondialement réputée. D’accord, la journée me coûte chère, entre le forfait et la location d’une planche, mais je ne pouvais pas manquer de rider la Cordillère. Et en effet, le site, niché dans une petite vallée agrémentée d’un lac qui reflète les pics acérés, est fabuleux. Première descente, première bosse et première gamelle ; Je n’ai pas pratiqué depuis 5 ans, mais les sensations reviennent vite, et j’enchaine avec bonheur les descentes, non-stop, sur tout le domaine. Et c’est suspendu sur un téléphérique que je rencontre un type charmant qui me propose de me redescendre à Los Andes.




Ainsi, la journée avait mal commencé mais elle se termine délicieusement. Dans la voiture, Marcelo ne met pas longtemps à m’inviter dans sa belle villa. J’y suis accueilli avec tous les égards par sa campagne, Marcela, qui nous sert à boire et nous prépare un vrai festin, avant de m’installer dans une chambre très confortable. Sidéré par tant de gentillesse, je suis ravi qu’ils me proposent de rester un jour de plus parmi eux. Marcela parle parfaitement anglais, mais avec Marcelo, nous jonglons maladroitement d’une langue à l’autre ; qu’importe, nous nous comprenons au-delà des mots. Avec ces deux-là, je découvre l’autre face de Los Andes, celle actuel et volontaire d’un pays qui change. Ils possèdent plusieurs affaires florissantes, centre de yoga et restaurant, et d’ailleurs Marcelo, un doux dingue qui dégage beaucoup d’énergie positive, est fier de me montrer la maison qu’il est en train de transformer en pizzeria ; pour un peu, je resterais ici pour l’aider. C’est très stimulant de voir des gens aussi enthousiastes et motivés, et je passe d’excellents moments en leur compagnie : après avoir longuement bavardé et rit, nous faisons un peu d’exercice en gravissant une colline, nous allons contrôler le chantier de leur future demeure, et plus tard nous dinons dans leur restaurant japonais de savoureux sushis, arrosés de champagne s’il vous plaît.




Et puis je reprends la route du Nord, pendant laquelle je vois le paysage toujours vallonné devenir nettement plus sec. A hauteur du 30e parallèle Sud, je stoppe encore au bord de la mer, à la Serena. A force de s’étendre, cette cité a englobé les communes alentour pour former une agglomération assez importante. Son centre-ville est très mignon, avec son patrimoine colonial bien préservé, propre et très animé à cette heure où les employés et les écoliers sortent déjeuner.  En me dirigeant vers l’océan, je traverse de vastes zones résidentielles luxueuses jusqu’à me heurter aux palissades de chantiers derrière lesquelles on construit de hautes tours.

Le lendemain donc, je saute dans un car qui me dépose loin de cette agitation, dans un petit village de pêcheurs qui fait face à une baie immense. D’ailleurs quelques uns vendent de beaux poissons sur le port, surveillés par une multitude de goélands. Puis j’entreprends de gravir cette grande colline, derrière. J’évolue dans une végétation singulière, très sèche mais pourtant riche de nombreuses espèces de buissons et de gros cactus ; de minuscules oiseaux-mouches viennent butiner leurs fleurs. De là-haut bien sûr, je jouis d'une vue superbe sur le littoral déchiqueté et le grand Pacifique, puis je prolonge ma balade en flânant longuement sur la plage.

A proximité, je m’enfonce ensuite dans la mystique vallée d’Elqui. Les pentes arides contrastent brutalement avec le fond verdoyant, puisque la rivière apprivoisée permet de cultiver des vignes. Plus loin, on louvoie dans des gorges encore plus belles et plus radicales jusqu’à un village fréquenté par quelques  hippies. Mais peu m’importe le reiki ou la méditation, je préfère aller gambader dans la nature. Je remonte donc le cours d’un torrent à sec qui a creusé un petit canyon, puis escalade la roche jusqu’à dominer toute la vallée. Juste derrière, les hautes Andes, monumentales, s’illuminent.

Plus tard, dans le dortoir frigorifique, je fais la connaissance d’un jeune basque qui nous réchauffe à l’aide d’une bouteille de vin. Juan est un garçon enjoué et malin qui voyage en attendant sa rentrée universitaire. Comme il m’amuse beaucoup et que nous allons dans la même direction, nous décidons naturellement de faire équipe ; lui bénéficie de mon expérience tandis que je gagne un parfait interprète et professeur d’espagnol. De retour à la Serena, nous patientons de longues heures dans un café avant d’embarquer dans notre bus de nuit. Je repasse enfin au Nord du tropique du Capricorne pendant mon sommeil, puis nous nous réveillons à Calama, cité minière triste et poussiéreuse, où nous attendons de boucler ce long trajet. C’est là, dans une cantine, que mon ordinateur pourtant posé juste à côté de moi se volatilise. En effet, 15 minutes plus tôt, un type a fait diversion en s’excusant auprès de mon camarade pour l’avoir bousculé ; un coup de maître. La colère s’atténuant, j’en conclue que c’est peut-être un mal pour un bien ; il y avait un moment que je trouvais que je passais trop de temps devant mon écran, comme ça c'est réglé.




C’est donc plus léger que je débarque avec mon acolyte à San Pedro, perchée à 2500 m d’altitude au coeur du fameux désert d’Atacama, le plus aride de la planète. Le soir même, comme pour mieux oublier mes soucis, on nous apprend que se prépare une fête clandestine au beau milieu de nulle part. Après un trajet épique sur une mauvaise piste, à neuf entassés dans une petite citadine, je constate que les locaux ont bien fait les choses : une grosse sono dirigée par un DJ, des jeux de lumières, un bar et surtout des feux dans des bidons, sachant que la température est loin sous le zéro. Malgré ça la centaine de fêtards ripaillent dignement jusque tard dans la nuit, constellée de milliards d’étoiles.

Quant à cette petite bourgade, bâtie sur les rives d'un ruisseau qui engendre un oasis, elle est très pittoresque avec ces vieilles masures en adobe blanchi à la chaux et ces ruelles poussiéreuses, mais elle est quand même extrêmement touristique. Juan et moi nous en échappons en gravissant un escarpement où gisent les ruines d’une forteresse, que le peuple Atacama érigea jadis pour résister aux Incas. De là-haut, le panorama est éblouissant : en contrebas s’étend une zone garnie de crêtes hérissées ainsi que la courbe des végétaux jaunis qui longent la rivière, et au-delà du désert l’horizon est  barré par une succession de volcans, dont le majestueux Licancabur qui culmine à 6000 m.


Après cet échauffement, j’emmène mon jeune ami, qui est aussi un grand sportif, pour une longue marche vers la Valle de la Luna. De bon matin, nous commençons par nous engager dans un drôle de canyon aux étonnantes formations rocheuses, avant de grimper dans un décor très accidenté de pics et de ravins, l’érosion étant grandement facilitée par la roche très friable. Nous n’atteindrons pas l’objectif par ici, alors nous franchissons une dune de sable pour basculer dans un bassin plat très étendu. Nous l’arpentons longuement, sous un soleil de plomb, tandis qu’une croûte de sel craque sous nos pas, tout en longeant ce petit massif torturé que j’espère pouvoir franchir. J’avais dit plus tôt qu’on ne pouvait pas se perdre dans un désert, mais ces lignes de crêtes arrondies sont un sacré labyrinthe. Plus tard, nous surplombons l’immense vallée du haut d’une falaise à pic ; impossible de descendre par là, nous rebroussons chemin. Des heures plus tard, alors que nous avons décidé de rentrer, j’insiste pour faire une dernière tentative vers cette possible ouverture. Elle se réduit jusqu’à devenir une gorge étroite et profonde, ornée de cailloux biscornus et tapissé de cristaux de sel en forme de coraux. C’est hallucinant et Juan est ravi lorsqu’il faut se faufiler dans un tunnel étriqué. Enfin, après des dizaines de kilomètres, nous débouchons enfin dans la Valle de la Luna, qui semble presque fade après tout ces lieux extraordinaires. Les bus et leurs touristes peuvent bien parader devant nous, nous préférons marcher jusqu’à la fin du jour, en visant le Licancabur. De l’autre côté nous attendent l’Altiplano et la Bolivie, la suite du voyage.


Tout droit en hiver





Samedi 28 juin 2014 – 1351e jour



Après Buenos Aires et la région de Misiones, j’entre à nouveau en Argentine ; pour de bon cette fois, puisque depuis le Nord, j’entame la traversée de ce territoire gigantesque jusqu’au Sud. Alors que je viens juste de franchir le tropique du Capricorne, je vais dépasser le 50e parallèle Sud près de 4000 km plus bas, en moins de deux semaines. Toujours pressé, sachant que mes économies s’amenuisent sérieusement, je ne m’octroie que trois courtes haltes pour descendre au coeur de l’hiver, mon premier depuis quatre ans. Ainsi, je passe la moitié de mon temps, jour et nuit, dans des bus luxueux de première classe presque vides, filant sur d’interminables routes désespérément droites.



La première étape m’emmène à 1200 km d’Asunción. Pendant ce trajet d’une trentaine d’heures qui me voit parcourir le Chaco argentin et la Pampa, où les champs et les pâturages s’étendent à perte de vue, je m’arrête dans des villes anonymes, pendant 10 mn ou pendant des heures. Je suis tellement familier de ces grosses gares routières emplies de vapeurs de gazole, où je scrute les allées et venues de centaines de voyageurs, que je m’y sens comme chez moi.



 Mais je suis quand même bien mieux dans un foyer chaleureux, parmi des gens bienveillants. A Cordoba, je loge quelques jours dans l’appartement de la charmante Natalia, une jeune uruguayenne de 26 ans professeure de chimie à l’université. Elle me présente d’abord une coréenne qu’elle héberge également, puis autour d’un bon repas et d’une bouteille de vin, elle m’explique qu’elle part bientôt à Marseille pour prolonger sa carrière de chercheuse. Et comme Ji Young vient apprendre l’espagnol, nos conversations se transforment immanquablement en classe trilingue ; je suis quand même moins attentif au coréen.

Quant à Cordoba, la seconde plus grande ville argentine, elle s’avère passionnante. Fondée dès 1573, elle regorge d’édifices historiques tout en étant une cité moderne et prospère, où la tradition universitaire ancestrale se perpétue encore aujourd’hui. Pas moins de 12% du million et demi d’habitants sont étudiants, ce qui lui vaut son dynamisme est son importante vie culturelle. Suivant un plan typiquement espagnol, le centre-ville forme un carré parfait autour de la Plaza San Martin, agrémentée de l’inévitable fontaine et de hauts palmiers. Dans le prolongement des arches du Cabildo, on ne peut pas rater la superbe cathédrale coiffée d’un dôme imposant, mêlant les styles Renaissance, Baroque et Mudéjar. En longeant l’une des nombreuses rues piétonnes, très commerçantes, je débouche ensuite sur le pâté de maisons qui abrite depuis quatre siècles le siège administratif des jésuites, encore eux. J’y visite la plus vieille église du pays, à la façade volontairement austère qui tranche avec son intérieur flamboyant réalisé par les guaranis, ainsi que la vénérable université, ouverte dès 1613 et qui comprend une admirable bibliothèque de livres anciens. Ce quadrillage de rues propres, de bâtiments classiques et de galeries couvertes est encadré par de larges boulevards : au pied d’une succession d’immeubles récents de 15 étages circulent une foule des gens chics. J’entre encore dans quelque immense centre commercial dernier cri ou dans d’excellents musées ; je m’éloigne aussi, vers des quartiers plus ordinaires ou sous les arbres d’un vaste parc.







En ce dimanche matin, alors que Ji Young a pris froid et que Natalia récupère de sa soirée de la veille, je sors de la cité pour explorer la campagne, dans les environs du patelin de Jesus Maria. Mon prétexte est la visite de deux estancias jésuites, des fermes bâties par les moines afin de subvenir à leur besoin, exploitées par des esclaves africains et des employés indigènes. Avant leur expulsion par la couronne espagnole, ces gens-là avaient élaboré une organisation complètement autonome, révolutionnaire dans bien des domaines. C’est donc dans ses vieux murs que je clos le chapitre, fort complet, de cette société dite utopique mais qui fut pourtant bien réelle pendant plus de 150 ans.







A part ça, en ville, il est impossible d’ignorer que la coupe du monde débute : des vendeurs de maillots de l’équipe nationale investissent chaque carrefour tandis que toutes les boutiques arborent des guirlandes bleu ciel et blanc. Et comme mes copines aiment le foot, nous regardons ensemble les matchs de nos équipes respectives. Comme l’Uruguay et la Corée du Sud commencent par une défaite et que l’équipe de France s’en sort brillamment, je chambre un peu en rappelant que ce n’est qu’un jeu. L’argentine aussi gagne sa première partie, comme le prouve le concert de klaxons alors que nous sortons boire un verre. Dans un bar cossu, nous passons une joyeuse soirée en trinquant avec une bonne dizaine des collègues de mon hôte. Ji Young partie depuis belle lurette, Natalia et moi rentrons dans la nuit froide, blottis l’un contre l’autre.





Et puis je reprends ma course de fond ; ou de fou. Si les bus à étage argentins sont si chères, c’est parce que, vu les distances, ils sont flambant neufs et fort confortables. Les fauteuils douillets s’inclinent largement, tandis qu’un steward vient régulièrement servir des plateaux-repas bourratifs. Et la plupart du temps, nous ne sommes guère plus de 10 passagers. Pendant ce trajet de 24 h pour plus de 1600 km au compteur, qui me voit quitter la Pampa pour la Patagonie, le paysage, toujours d’un plat absolu, change imperceptiblement. Les arbustes tordus se raréfient jusqu’à ce que domine la broussaille, tandis que les vaches laissent place aux moutons.

A Puerto Madryn, ville-champignon qui a poussé autour de sa mine et de son usine d’aluminium, je partage mon auberge avec une sympathique équipe de français. Mon espagnol s’améliore, lentement, mais ça fait quand même plaisir de comprendre tout ce qui se dit. Ensemble, nous partons autour de l’insondable Golfo Nuevo jusqu’à une plage particulière : c’est ici que viennent batifoler des dizaines de baleines franches australes, à moins de 20 m du rivage. Si l’eau et le vent n’étaient pas si glacés, j’irais bien me joindre aux jeux de ces gentils géants.

Mais c’est surtout la singulière péninsule Valdés que je vient découvrir. Ainsi, je franchis l’isthme étroit qui la rattache au continent pour débarquer dans son unique village, petit port de pêche adossé à une colline. Cette grande terre sauvage, froide et extrêmement sèche, est plantée d’une flore insignifiante, mais c’est sa faune très riche, marine surtout, qui lui vaut d’être un sanctuaire naturel unique. Et c’est avec la compagnie silencieuse d’une jeune chienne que je pars gambader dans la steppe : nous commençons par grimper le relief pour évoluer longuement dans la poussière, au milieu de buissons épineux rachitiques, quand soudain nous entendons un cri strident. C’est un guanaco, un cousin du lama, qui nous observe au loin. Nous essayons alors de nous approcher discrètement, mais l’animal est bien trop rapide. Nous montons ensuite jusqu’au sommet d’un cap escarpé, d’où le panorama est grandiose. Nous dominons cette baie gigantesque entourée de hautes falaises blanches qui s’effritent jusqu’à l’horizon, tandis qu’on aperçoit, minuscule, une baleine qui fait des cabrioles ; le son met cinq longues secondes à parvenir à mes oreilles. Et puis nous dévalons une profonde crevasse pour atteindre le littoral déchiqueté. Je reconnais un lion de mer qui fait la sieste, et qui finit par se réveiller lorsque nous sommes trop près. Ni moi ni mon chien ne sommes rassurés par le puissant grondement de cette bestiole de 300 kg, qui plonge se réfugier dans l’eau. Par contre, je peux approcher son bébé qui lui dort à poings fermés. Plus loin, ce sont des dizaines d’otaries qui prennent un bain de soleil. Le gros mâle barbu règne sur son harem en corrigeant ses jeunes rivaux si nécessaire. Et puis je dine ensuite avec un gentil couple de petits vieux, dans leur modeste baraque, devant le bon match des Bleus, avant d’aller me réfugier sous 10 kg de couvertures.








Le lendemain, je parcours encore la brousse pendant des heures : j’y aperçois furtivement un tatou puis je piste un troupeau de guanacos, comme le faisaient jadis les tribus Tehuelches. Je les perds dans une étrange zone de dunes, avant de descendre vers le littoral, sublime, et de rentrer en longeant la courbe interminable d’une plage battue par le vent polaire.





Et je reprends le chemin rectiligne du Sud, en encaissant 1600 km de plus à travers les steppes patagoniennes. Dans les bus aussi, je prends mes aises comme à la maison. Je m’installe le plus souvent à l’avant, 3 m au dessus du sol, derrière le pare-brise qui avale le bitume à n’en plus finir. Le jour, quand je ne scrute pas les paysages monotones, je me consacre à mes leçons ou à l’écriture, je précise mon futur itinéraire, ou je me distrais en regardant les films diffusés sur les écrans plats. Et la nuit, je dors tant bien que mal en multipliant les positions farfelues, étalé sur deux sièges et demi.

C’est paraît-il le premier jour de l’hiver quand je m’arrête à Rio Gallegos pour attendre ma correspondance. Dehors, sous le 52e parallèle, la nuit me glace le sang. Je ne suis plus qu’à une centaine de km du détroit de Magellan et de la Terre de Feu ; des noms mythiques mais je ne voyage pas pour la gloire, et d’ailleurs Ushuaia est encore à 10 h de route. Non, je suis descendu bien assez bas comme ça, je bifurque maintenant vers le Nord-Ouest. Après encore plusieurs heures de terres désolés, mes yeux brillent à la vue d’une première cime immaculée. C’est officiellement le début d’un nouvel épisode de montagnes, qui s’annonce épique puisque je compte remonter toute la Cordillère des Andes, qui s’étire sur pas moins de 7000 km.

El Calafate, énième bout du monde, est visiblement une bourgade très touristique, comme en témoignent ses coquets restaurants en bois massifs et ses fringants hôtels trois étoiles. Mais en cette saison, elle tourne au ralenti, comme mon auberge vide et en travaux. C’est que le soleil est vraiment paresseux dans le coin : Il fait la grasse matinée jusqu’à 9h30 pour se coucher dès 16h30. Je me dépêche donc d’aller profiter de ses rayons faiblards pour contempler l’austère lac Argentino. J’ai du mal à y croire, mais ce sont bien des flamands roses qui s’y trempent les pattes.

Si je suis venu jusqu’ici, c’est pour contempler le Perito Moreno, le plus fameux de la cinquantaine de glaciers qui émaillent la région, et l’un des très rares à encore avancer, gagnant 2 m par jour. Le car avance prudemment sur la route verglacée longeant le grand lac, enveloppé de montagnes noires saupoudrées de blanc, et soudain au détour d’un lacet, il apparaît, magistral. Cette rivière de glace, ce fleuve plutôt, aux éblouissants reflets bleutés, descend depuis l’horizon pour terminer par un front gigantesque de 5km de large pour 70 m de hauteur. Nous stoppons un peu plus loin sur un grand parking et, comme tout le monde, je me précipite sur le réseau de passerelles zébrant l’avancée rocheuse qu’il lui fait face, au plus près. Pendant quelques heures inoubliables, je cours dans tous les sens, fasciné par ces effroyables glaçons effilés qui s’enchevêtre lentement avec une force colossale. Et comme pour prouver sa puissance aux tout petits hommes, il précipite parfois d’énormes blocs dans les eaux laiteuses dans un bruit de tonnerre.





Mon programme se complique ensuite : en stop, j’espérais pouvoir remonter la piste qui côtoie la cordillère côté argentin, et continuer sur son équivalente chilienne après avoir franchi un col et la frontière. L’information se confirme, ces deux routes sont fermées à cause de la neige : me voilà dans un cul-de-sac géant, au fin-fond du continent. Les doutes m’envahissent ; soit c’est grâce à mon rythme effréné que j’ai pu voir tant de choses depuis tout ce temps, mais ces derniers jours je crois que j’ai dépassé les bornes, c’est le cas de le dire. J’en viens presque à voyager machinalement, comme si monter dans un bus et avaler les kilomètres était une fin en soi. Ca fait un moment que je refuse de l’admettre mais aujourd’hui je dois me rendre à l’évidence : je commence à être usé par ces années sur toutes les routes de ma Terre. Je suis devenu un peu moins enthousiaste, un peu moins intrépide ; peut-être le début de la sagesse. Je souffre aussi d’un mal de dos persistant et mes comptes sont au plus bas : je vais donc devoir me ménager, et aussi emprunter de quoi financer la fin de l’histoire.

Pour me sortir de cette impasse, alors que je me résignai à effectuer un détour scandaleux en bus, j’apprends qu’un avion s’envole dès le lendemain, loin au Nord, pour un tarif similaire. La différence, c’est qu’au lieu de trois jours, le trajet ne dure que trois heures. Alors je n’hésite pas longtemps : tant pis pour le mont Fitz Roy, tant pis pour l’archipel des Chonos, et tant pis pour toutes ses régions australes tellement sauvages. Il faudra revenir.




Ainsi, j’atterris à Bariloche, surnommée la petite suisse andine pour son lac immense, sa station de sports d’hiver, son caractère bourgeois et même ses chocolats. D’ailleurs, autour de la place principale qui fait face à un décor somptueux, je suis très surpris de découvrir des édifices arborant fièrement une architecture très alpine, rez-de-chaussée en pierre taillée et étages en bois vernis. Quelques dix degrés de latitude plus au Nord, au pied des Andes, il fait encore frisquet mais les températures sont nettement plus supportables. Pour moi, c’est presque le printemps. Même si je fais ici un arrêt technique, je ne me prive pas d’une magnifique balade en compagnie de deux toulousains. Sous un grand ciel bleu, nous grimpons d’abord sur les hauteurs pour jouir d’un panorama éblouissant : le lac Nahuel Huapi étale ses contours très découpés dans de profondes vallées, formés d’escarpements couverts de forêts sombres et de cimes enneigées. Tout au bout d’une presqu’île ensuite, nous nous enfonçons une forêt féérique plantée de pins et de cèdres immenses.


























Aussi, dans cette auberge conviviale, je partage mes aventures avec deux autres compatriotes, des voyageurs au long cours qui travaillent ici en attendant de repartir. Ces gars-là, qui en ont vu d’autres pourtant, sont impressionnés par mon parcours, et je m’inspire de leur excellent état d’esprit pour appuyer ma remise en question. Peut-être que l’hiver m’empêche de me lever le matin avec mon grand sourire habituel. C’est vrai, je goûte la liberté ultime, et c’est un grand privilège. Je vais donc m’en délecter encore quelques mois, en ralentissant légèrement la cadence. La suite s’annonce palpitante.