Evidemment
j'ai mal dormi, plus ou moins allongé sur deux sièges et demi, à
10 000 km au dessus de l'Atlantique. Avec deux décalages horaires
d'affilée, quatre heures de différence entre Rio et Madrid, l'heure
qu'il est m'apparaît comme une notion floue. Pendant le temps de vol
restant, j'avale le plateau-repas en feuilletant un magazine pour
réviser mon espagnol un peu poussiéreux. Et puis nous atterrissons
après douze heures de vol, aux alentours de 16 h, heure locale. En
franchissant la douane, j'entre dans le 53e pays de mon voyage, mais
je n'en ai plus rien à faire et je ne fais même pas mon petit saut
traditionnel. Voilà l'Espagne, et donc l'Europe que j'avais quittée
entre Athènes et Istanbul. Dehors, c'est l'automne, il pleut et la
température me glace. Alors je ressors mes vêtements d'hiver, sweat
et blouson, écharpe et bonnet, mais comme je n'ai plus de pantalon
je reste en short, ce qui me donne une drôle d'allure. Tiens, au
distributeur, je constate qu'il y a de nouveaux billets de cinq euros
; et au kiosque voisin, je renonce à acheter des cigarettes, si
chères que je me rabats sur un paquet de tabac. Bon, qu'importe,
comme promis j'arrête de fumer en rentrant à la maison. Le bus qui
m'emmène en ville n'est pas donné non plus, cinq euros ; un tarif
normal en Europe, il va falloir s'y faire.
J'atterris
sur une très grande place où trône un immense bâtiment classique
tout blanc, magnifique. L'impression se confirme quand je remonte un
très large boulevard bordé de nobles édifices anciens : je suis
bien de retour sur le vieux continent. Plus loin, malgré mon plan,
j'ai bien du mal à me repérer dans le dédale de ruelles datant du
Moyen-Age. Je parviens néanmoins à trouver l'adresse de la jeune
femme qui a accepté de m'héberger , mais personne ne répond à
l'interphone. Alors je lui téléphone depuis un cybercafé voisin,
où je patiente en attendant qu'elle débauche. Un peu plus tard,
Maria m'ouvre finalement la porte de son appartement, vaste et
confortable, qu'elle partage avec deux colocataires absents ce soir.
C'est une jolie petite brune calme et souriante, qui m'explique
travailler dans le cinéma, chez Sony, où elle s'occupe notamment de
la traduction. J'installe ensuite mes petites affaires dans un coin
du salon à côté de mon nouveau canapé, et je me réchauffe sous
une bonne douche. Puis nous dînons à l'heure espagnole, après 10
h, un genre de gros empanada à la tomate que mon hôte a préparé,
arrosé d'une bouteille de vin rouge que j'ai ramené. Alors que j'en
siffle les trois quarts, Maria, elle-même voyageuse puisqu'elle se
permet une escapade en Europe dès qu'elle le peut, est friande de
mes histoires. Je lui en raconte quelques unes avec plaisir puis à
la fin du repas, je lui détaille mon invraisemblable parcours sur la
mappemonde affichée dans sa chambre. La ligne que je trace est
vertigineuse : elle n'en revient pas, et moi non plus d'ailleurs,
sachant pertinemment que je suis le seul à vraiment pouvoir me
rendre compte de tout ce que ça représente.
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