mercredi 19 septembre 2012


Il est déjà 10h quand Rohit me réveille. J’ai passé une nuit aussi longue que la sienne fut courte. Il ne travaille pas aujourd’hui et se propose de m’accompagner toute la journée. Sur sa moto, nous partons d’abord visiter un palais du 17e, résidence secondaire d’un ancien roi et de ses descendants. Le château, d’inspiration anglaise est magnifique, le mobilier est d’époque et les explications et photos permettent de se faire une bonne idée de la vie d’alors. De retour en ville, nous admirons l’admirable palais en bois sculpté du Sultan Tipu Tip, puis nous déjeunons dans un restaurant populaire les inévitables dosa (un genre de galette). L’hospitalité de mon ami est grande et il me faut batailler pour sortir quelques roupies. Après un grand tour dans le centre-ville, Rohit m’emmène dans un grand temple indou, la religion des ¾ des indiens. Celle-ci comporte 3 millions de dieux, et ce temple est dédié à Krishna, l’un des plus importants. La foule se presse, et c’est pied nus que nous suivons les fidèles en file indienne (sans jeu de mot), qui serpente de portes en portes. A chaque pas, ils répètent une courte prière, jusqu’à arriver dans le vaste temple, en hauteur. La file continue et nous passons un par un devant un grand hôtel doré. L’expérience, très spirituelle, me touche, mais la suite est plus terre à terre. Les mains courantes se prolongent pour redescendre et nous obligent à passer par une succession de boutiques : livres sacrés, gadgets, vêtements, restaurants. Je suis déçu par tout ce cinéma et Rohit, qui n’a pas mis les pieds dans un temple depuis 6 ans est d’accord avec moi. Pour nous remettre de nos émotions, nous concluons cette belle journée en sirotant une bière dans un pub à l’occidental assez classe. Alors que je n’arrive pas à lui dire avec précision combien de conquêtes féminines j’ai eu, il m’avoue n’avoir jamais eu de petite amie. Les mœurs sont bien différentes ici, et je lui conseille d’arranger ça prochainement avec une jolie australienne.



 

mardi 18 septembre 2012



Il fait encore nuit lorsque j’atterri à Bangalore, au Sud de l’Inde, 32e pays de mon expédition. L’Inde, si grande, à l’histoire si riche et aux cultures si variées, c’est déjà un monde en soi. J’ai prévu un mois et demi ici, et je suis certain d’en prendre plein les mirettes. Par téléphone, le jeune homme qui a accepté de m’héberger explique au taxi comment me conduire chez lui. Il habite un vaste quartier résidentiel agréable, très arboré. L’immeuble est assez simple, de même que l’appartement. Rohit me reçoit avec un grand sourire avant de me présenter ses parents, tout aussi aimables. Pendant que nous mangeons une assiette de riz au curry, il m’explique travailler dans un cabinet de conseil en investissement et devoir subvenir aux besoins de ses vieux parents malgré son jeune âge, 26 ans. Heureusement, c’est visiblement un garçon brillant et il gagne bien sa vie. Il va d’ailleurs bientôt continuer sa carrière en Australie, puisqu’il a enfin pu obtenir le visa. Comme il se rend à son travail, il me dépose en moto dans le quartier administratif. Je suis vivement impressionné par le palais du gouvernement de l’état du Karnataka, aussi soigné que gigantesque, ainsi que par le palais de justice, dont les arcades rouges n’en finissent pas. A côté, de larges avenues traversent de grands parcs, et plus loin, j’inspecte un centre commercial grand luxe, logé dans un gratte-ciel ultra-moderne. Puis je marche un bon moment dans le trafic, au milieu des voitures, bus, motos et autre rickshaws (tricycles motorisés). Les rues sont bien moins sales et moins surpeuplées que je le craignais. Quant aux passants, peau cuivrée et cheveux noirs, les hommes portent presque tous chemise, pantalon et chaussures de ville, tandis que les dames sont soigneusement drapées dans d’élégants saris aux couleurs chatoyantes. Je m’attarde ensuite dans le vaste jardin botanique de Lalbagh, planté d’arbres immenses. C’est l’endroit parfait pour une petite sieste. Bangalore, réputée pour être une ville assez riche, notamment grâce à l’expansion de l’industrie du logiciel, est la 4e la plus peuplée du pays avec 10 millions d’habitants. Elle est très étendue, ce qui rend la pression de la foule tout à fait acceptable. Je suis franchement étonné d’arpenter des rues relativement propres et bien ordonnées, ainsi que de ne pas y observer de misère frappante. Dans ce magnifique jardin, où j’écris un peu, je constate que je redeviens une curiosité, de nombreux promeneurs venant gentiment bavarder avec moi. En fin d’après-midi, alors que je n’ai pas de carte, je surestime quelque peu mon sens de l’orientation ; pendant des heures, je me dirige vers le quartier de Malleshwaram et demandant régulièrement mon chemin aux gens qui parlent presque tous un très bon anglais. Je traverse un quartier commerçant bondé, où des boutiques et des centre commerciaux ce succèdent à l’infini. C’est l’heure de pointe lorsque je parviens à une station de bus gigantesque, comme tout le reste. Des centaines de bus fatigués embarquent et débarquent des milliers de passagers. Je monte dans l’un deux, qui me dépose dans le quartier de mon hôte. Je finis par trouver la rue correspondant à l’adresse, que je ne reconnais pourtant pas. On m’indique alors une rue parallèle et je ne regagne la maison qu’à 21h30, épuisé. Je me le rappelle souvent, il va falloir que je me ménage. Rohit est encore au bureau, il n’en rentrera qu’à 4h du matin. C’est donc seul que j’avale le diner servi par la maman.



 


lundi 17 septembre 2012


Voilà déjà le dernier jour de mon court séjour à Maurice. Après les avoir salué, je quitte mes charmants hôtes en fin de matinée, puis je me rends en bus de l’autre côté de l’île, où se trouve l’aéroport, à Mahébourg. Mais je ne peux décemment pas partir d’ici sans profiter de l’une des sublimes plages mauriciennes, mondialement réputées ; des touristes affluent de partout pour en profiter, dépensant en 15 jours ce que j’ai besoin pour voyager 15 semaines. Je vais donc goûter les eaux calmes, d’une incroyable teinte turquoise, au lagon de Blue Bay. Après avoir contemplé le coucher du soleil, je file à l’aéroport en fin d’après-midi où je patiente longuement jusqu’au décollage, tard dans la soirée. Tandis que je traverse une nouvelle fois l’équateur, l’excitation monte : demain, j’attaque un très gros morceau de mon voyage, l’Inde.
 

dimanche 16 decembre 2012

Tandis que nous prenons le petit déjeuner, thé au lait et pain, Brian et Joanna émettent le souhait de m’accompagner, avec le petit Eliel pour ma balade du jour. Dans un bus usé, nous nous rendons d’abord dans le merveilleux jardin botanique de Pamplemousses. Initié dès le milieu du 18e siècle, il abrite aujourd’hui une très belle collection de végétaux des quatre coins du monde. On y observe notamment des dizaines d’espèces de palmiers, des arbres majestueux plusieurs fois centenaires et des fleurs à foison. Puis nous allons visiter le magnifique château de Labourdonnais, plutôt une très belle demeure coloniale du 19e, superbement restaurée. Entourée de colonnes et d’une large varangue, on y découvre, dans les différentes pièces, la vie d’autrefois grâce au mobilier d’époque, aux explications et photos. La promenade se conclue dans le verger pour une dégustation de rhum. En rentrant, j’observe le paysage, nettement moins spectaculaire que La Réunion, mais avec une touche africaine en plus, du fait des champs et des manguiers, ainsi que des habitations plus sommaires. A la maison, comme la veille, la soirée s’écoule paisiblement : après un moment à réviser mes leçons, Maurice bat la France aux échecs 2 à 0, tandis que la Suisse reste neutre.



samedi 15 septembre 2012


Lorsque l’appel pour le petit déjeuner me réveille, le bateau est déjà immobilisé devant Port-Louis, capitale plutôt modeste de l’Ile Maurice. Le débarquement s’effectue lentement, de même que les obligations douanières, puisque l’agent prend un malin plaisir à fouiller intégralement mes affaires. Au petit matin, sac au dos, je traverse la ville encore calme jusqu’à l’appartement de mes hôtes, ¾ d’heure plus loin. Contactés via internet, Brian, mauricien, et Joanna, suisse, 25 ans environ, ont un beau petit métis de presque 2 ans. Comme Brian sort faire des courses, je l’accompagne. Pendant que nous parcourons le centre-ville, mélange de vieux bâtiments en mauvais état et de hauts immeubles modernes, de rues cabossées et de larges avenues plantés de grands palmiers, il m’explique avoir juste terminé ses études de physique, tandis que sa femme enseigne le journalisme. Après un passage dans un supermarché à l’occidental et le marché central haut en couleur, nous rentrons pour le déjeuner auquel la famille est conviée ; les parents de Brian, un cousin et sa femme, de Londres, puis sa sœur et son frère. A table, dans une ambiance chaleureuse, on parle français, créole et anglais, preuve des multiples influences culturelles de Maurice. Plus tard, je pars seul compléter ma visite de la ville. J’assiste d’abord à une course à l’hippodrome, je grimpe jusqu’au fort Adélaïde profiter de la vue panoramique sur la ville et les montagnes, j’entre dans la vaste cathédrale Saint-Louis, de pierres noires et dans la jolie mosquée Jummah, blanche et verte, je traverse les quartiers chinois et colonial ainsi que la Place d’Armes, avant de flâner sur le front de mer bien aménagé, où trônent des centres commerciaux luxueux. De retour à la nuit tombée, je passe la soirée à bavarder avec mes hôtes, qui s’avèrent être des gens calmes et adorables.

vendredi 14 septembre 2012




Mon séjour à La Réunion se termine en beauté. Lundi, lors d’une sortie en mer avec les amis de Ben, j’ai pu observer des baleines à bosses. Nous en voyons de nombreuses toute l’après-midi et à 3 ou 4, nous plongeons plusieurs fois pour les voir sous l’eau. Le dernier essai est le bon : malgré l’eau un peu trouble, j’aperçois un mastodonte et son petit glisser à une dizaine de mètre ; frisson garanti. De retour sur la petite vedette, nous suivons une famille pendant un long moment, qui nous fait l’honneur de quelques cabrioles. L’une d’elle nous fait même un grand sourire en sortant la tête de l’eau. Mardi et mercredi, Ben et moi partons en randonnée pour la dernière fois, avec la tente et à manger dans nos sacs, dans le cirque de Mafate. Sans route, habité par seulement quelques centaines de villageois, il y règne une ambiance de monde perdu, malgré la proximité de la civilisation. Et les paysages, escarpés à l’extrême, sont époustouflants.




Ce vendredi, je reprends enfin la route après 4 mois ici. Je suis prêt, en pleine forme, parfaitement préparé et sur-motivé. Pas stressé le moins du monde, je passe tranquillement la matinée avec Ben et je plie soigneusement mon sac. Puis je salue mon ami qui me laisse à Saint-Pierre, là où il m’a récupéré 4 mois plus tôt. Je file au Port en stop et embarque sur le même bateau qui m’a amené de Madagascar. Sur le pont, je passe la soirée avec un espagnol, un mauricien  et un réunionnais, qui partagent amicalement rhum et bière. Cette fois, c’est sûr, c’est reparti.

le calme avant la tempête


Alors que ma pause réunionnaise se prolonge paisiblement, je récupère, pour un temps, la modeste case d’un camarade. Ainsi coupé du monde, j’en profite pour m’entretenir dans un cadre superbe, et je m’attelle surtout à une tâche grisante : la préparation de mon prochain parcours.


En arrivant ici, je pensais ne rester chez Ben et Karine qu’une semaine ou deux. Mais avec eux, ainsi qu’avec la petite Naturelle, je développe une franche amitié, si bien qu’ils finissent par m’offrir spontanément de séjourner parmi eux jusqu’à mon départ. Je suis ravi de bénéficier de leur affectueuse compagnie et de leur maison douillette, d’un grand réconfort pour un voyageur au long cours. Pourtant, un ami se rendant en métropole pendant un mois me propose de demeurer chez lui. Bâtie au pied de l’imposant piton Mont Vert, l’un de ces innombrables cônes volcaniques disséminés dans le paysage, la maison au confort précaire me vaut d’adopter un mode de vie typiquement créole : la case, sans fenêtre, est plutôt fraîche et humide, il n’y a pas d’eau chaude et des toilettes sommaires sont bricolées dehors. Elle est nichée sur une colline, au milieu d’un jardin à la pente abrupte ; l’arroser est déjà un exercice en soi. Par contre, la vue panoramique est grandiose. Aussi, je redécouvre mes lacunes culinaires, en mitonnant par exemple ma spécialité : les pâtes au thon. Heureusement, le jardin me fournit des tomates cerises et de gros avocats en abondance. Sans téléphone, réseau ou moyen de transport, je retrouve ma fidèle compagne, la solitude. Elle me permet
de méditer longtemps sur le bien-fondé de mon invraisemblable entreprise. J’en arrive toujours aux mêmes conclusions : je ne suis pas fou, ou alors juste un peu, et je garde la ferme intention de continuer ma route. En outre, les environs sont un parfait terrain de jeu ; je gravis régulièrement mon piton en petites foulées, j’explore de profondes ravines sauvages, et je descends même parfois jusqu’à la plage, à pied, à une dizaine de kilomètres plus bas.














Surtout, je passe la majeure partie de la journée attablé à l’ombre des filaos, équipé de mon nouvel investissement, un petit ordinateur portable. Au son des radios créoles, je rédige d’abord quelques chroniques avant de sérieusement m’attaquer à mon futur itinéraire, que j’intitule Indien – Pacifique, d’un océan à l’autre. D’habitude, internet est un outil très précieux, mais cette fois, j’ai pu emprunter ici ou là plusieurs livres, des guides englobant la quasi-totalité des pays que je souhaite traverser. Avec l’aide de mon atlas de poche, me revoilà agent exclusif de voyage, et celui que je me concocte promet d’être éblouissant. Le prologue aura lieu sur Maurice, pour m’échauffer, d’où je m’envolerai pour l’Inde, déjà un monde en soi, avec pas moins d’un milliard d’autres. En train, je compte traverser le sous-continent du Sud au Nord, en passant par des mégapoles, des cités antiques, des déserts et des jungles, jusqu’à me trouver juste au pied l’Everest, quelques 5000 kilomètres plus au Nord, au Népal. Pour de sombres histoires de visa, je ne pourrai me rendre ni au Bangladesh, ni en Birmanie. Qu’à cela ne tienne, puisque je dois prendre l’avion, autant filer depuis Katmandou jusqu’à Hanoï, au Nord-Vietnam, et ramer un peu (au sens propre) dans la mythique baie d’Ha-Long. Dans de vieux tacots, j’aurai le temps de découvrir la campagne laotienne et les villages aux éléphants, puisque je suivrai le fil du Mékong et ses dauphins d’eau douce jusqu’à Phnom Penh, capitale du Cambodge, 1500 kilomètres en aval. Après avoir joué à Indiana Jones, sans mon fouet mais à bicyclette, parmi les temples légendaires d’Angkor, je rejoindrai la Thaïlande et Bangkok, sa métropole frénétique. De là, je parcourrai la si longue péninsule malaise, via la Malaisie donc, et le port ancestral de Malacca, jusqu’à la pointe Sud et la ville-état ultramoderne de Singapour. A partir d’ici, je basculerai à nouveau dans l’hémisphère Sud en débarquant en Indonésie, sur l’île géante de Sumatra. Après Java la surpeuplée, et un break sous les cocotiers de Bali, j’espère égrener plein Est les îles de la Sonde jusqu’au bout, au Timor Oriental, une nation naissante. D’après mon agenda, d’une précision ministérielle, j’aurai besoin de six mois d’aventures épileptiques pour en arriver là. Fort de mon expérience et à contrecœur, je prends donc la sage décision d’oublier l’Australie, pourtant à moins d’une heure d’avion, et donc la Nouvelle-Zélande, bien trop loin. Tant pis, ce sera pour le deuxième tour. C’est simplement par les airs, et non grâce à je ne sais quel voilier (quoique), que je rejoindrai la Nouvelle-Calédonie, mon pays d’outre-mer, encore. D’ici-là, mes premiers hôtes sont déjà prêts à m’accueillir les bras ouverts ; et les suivants ne le savent pas encore, mais ils m’attendent aussi. 17 500 kilomètres de route et de mer en six mois (plus 12 500 dans les airs), soyons optimistes, ça n’est pas très raisonnable, mais ça m’a l’air faisable.



Ce trajet immense à une telle allure nécessitera une organisation pointue, c’est pourquoi j’ai voulu m’équiper d’un ordinateur. C’est un kilo de plus à porter et autant à surveiller. Un défi de taille consiste à ne pas le perdre, de même que mon nouvel appareil photo, déjà le quatrième ; qui prend les paris ? J’ai assez usé de stylos et de cahiers d’écolier ; j’ai visité tous les cybercafés d’Afrique. L’Asie semble plus moderne, je me remets donc au numérique. J’ai aussi passé trop de temps à écrire, notamment pour ce blog, c’est pourquoi désormais, je publierai directement mon journal de bord. Bruts, mes prochains écrits seront donc moins soignés dans la forme : puisque le français est une langue vivante, je le rédigerai à ma sauce, comme le font les créoles réunionnais. C’est d’ailleurs avec joie que j’écris cent quatre-vingt-quatorze en toutes lettres pour la dernière fois. Quant au fond, mes petites leçons vont se réduire comme les glaciers du Kili, mais j’encourage vivement le lecteur curieux à consulter les pages de Wikipédia ou autre (en d’autres termes, débrouillez-vous). En ce qui me concerne, mes cours sont déjà stockés dans mon disque dur, de même qu’une multitude de cartes et de plans. En bon libertaire, je bannirai également la censure (mais je garde quand même deux ou trois jokers dans la manche). Vous lirez mes impressions personnelles et ma vie quotidienne, celle d’un voyageur pressé, avide de découvertes et de rencontres. Vous aurez de l’action, du suspens, des rebondissements (pas trop quand même). Et je m’efforcerai de publier tout ça le plus régulièrement possible. Alors plus que jamais, chers amis, suivez le fil, et rendez-vous le 15 septembre à Port-Louis (ou le 16, voire le 17…).



Ma retraite monacale s’achève et vient déjà le moment de réintégrer, pour la dernière fois, le foyer de mes amis. Cette fois, le compte à rebours est enclenché, je suis prêt, bien entraîné et parfaitement préparé. D’autre part, je complète ma découverte de cette île extraordinaire, la Réunion. Juste avant de partir, une sortie sur l’océan afin de saluer les baleines est prévue, et j’espère parcourir, en autonomie pendant deux ou trois jours, le Cirque de Mafate, qui ne contient aucune route. En attendant, Ben et Karine sont motivés à l’idée de m’accompagner jusqu’au point culminant de l’île : le Piton des Neiges, à plus de trois mille mètres d’altitude. Il nous faut toute l’après-midi pour grimper jusqu’au gîte, à deux mille six cent mètres, par un sentier moins fréquenté et plus long que les autres voies. Ce chemin est un splendide condensé des différents écosystèmes présents ici. Nous traversons d’abord des prairies verdoyantes, puis des plaines plantées de courts buissons. Nous nous enfonçons alors dans divers types de forêts, toutes plus féériques les unes que les autres. Nous longeons enfin longuement une crête vertigineuse dominant le Cirque de Cilaos, avant d’atteindre le gîte pour le coucher du soleil.










Après un copieux diner créole, la nuit en dortoir est courte : dès trois heures du matin, nous entamons, au milieu des rochers et par une température négative, l’ascension de l’impressionnante montagne à la lueur d’une lampe. Arrivés au sommet à l’aube, nous contemplons le spectacle époustouflant, à 360 degrés, de l’intégralité de l’île illuminée par le soleil rougeoyant. Les remparts colossaux dégringolent dans les trois cirques gigantesques ; à l’Est, le lointain Piton de la Fournaise se dessine majestueusement à l’horizon et l’océan s’étend tout autour de nous. La redescente, quoique magnifique, est interminable, surtout pour la pauvre Karine, épuisée par quinze heures de randonnée, sans compter les six heures de la veille. Nous ne rejoignons la voiture que vers dix-huit heures, éblouis par cette incroyable balade, un souvenir d’ors et déjà indélébile.










En gravissant son plus haut sommet, c’est symboliquement l’île tout entière que j’ai conquis avec mes camarades. Je peux donc quitter la Réunion et mes amis l’esprit léger et m’attaquer vaillamment à la deuxième moitié de mon odyssée.