Le trajet depuis Goa vers Mumbai, quelques 500 km plus au
Nord, se déroule sans histoire. Le bus, quoique convenable, n’est pas de
première jeunesse, et comme je ne bénéficie pas cette fois-ci d’une couchette,
je ne dors que par intermittence. Heureusement, mon voisin est un jeune homme
sympathique avec qui j’ai tout le temps de papoter pendant les 16 heures que
nous passons côte à côte. Le matin, nous approchons donc de la capitale
commerciale et financière du pays, l’une des plus grosses mégapoles au monde,
20 à 25 millions d’habitants selon les sources ; dans mon voyage, elle
entre dans la même catégorie qu’Istanbul ou le Caire. Depuis la fenêtre,
j’observe, aussi loin que la vue le permet, une infinité d’immeubles de qualité
variable : d’immenses gratte-ciels de verre, de grandes tours de béton
brut ou de misérables empilements de cubes de brique. Et de nombreux autres
sont en cours de construction. La circulation aussi se déroule sur plusieurs
étages ; des autoroutes se chevauchent, surplombant des rues grouillantes.
Parfois, il y a même des passerelles aériennes pour les piétons. Le trafic est
dense, très dense, et il nous faut deux bonnes heures pour atteindre les
lointaines banlieues Nord, où mon collègue me conseille de descendre avec lui.
Seul, je plonge donc dans un désordre indescriptible. Désorienté, avançant au
hasard dans une rue noire de monde, j’attrape des biscuits et un jus à une
boutique avant de me poser dans un cybercafé. Là, je constate que l’une de mes
demandes d’hébergement, envoyées en urgence, a porté ces fruits. J’appelle donc
aussitôt Girish : il m’explique travailler jusqu’au soir, mais il me donne
le numéro d’un ami qui habite dans le coin. Je m’efforce de comprendre les
explications de ce dernier et je parviens à trouver sa très belle maison, dans
un quartier résidentiel calme et chic. Thomas est un membre très actif qui
reçoit très régulièrement des voyageurs : je croise chez lui un australien
sur le départ et plus tard un coréen qui débarque. Il me sert une assiette de
riz et du crabe et alors qu’il s’absente, je me permets une longue sieste sur
un canapé en cuir très douillet. A son retour, nous bavardons longuement. Charmant
et cultivé, la quarantaine, il jouit visiblement d’une belle situation qui lui
permet de voyager : le sujet de conversation est tout trouvé. Vers 19h
enfin, Pawan, un colocataire de Girish qui travaille à côté, vient me chercher
et m’emmène en rickshaw jusqu’à Andheri, un quartier que je qualifierai
d’intermédiaire. Dans un joli 3 pièces, je vois débouler les habitants de
l’appartement qui rentrent du bureau les uns après les autres. Ils sont 5 à
loger là, entre 25 et 30 ans, tous employés dans la finance ou l’informatique.
Girish, programmateur, est plutôt réservé, comme ses copains, pas vraiment de
joyeux lurons. Mes hôtes sont souvent chaleureux, mais je ne m’attends pas pour
autant à ce qu’ils sautent au plafond en me voyant. Même si j’ai l’habitude, je
suis toujours étonné, et reconnaissant, de l’accueil qu’on me réserve. Le
diner, sous forme de buffet, est servi fort tard et nous nous couchons dans la
foulée.
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