Hospitalité Naturelle




Lorsque je débarque enfin à la Réunion, après 19 mois d’aventures rocambolesques, et surtout six mois à arpenter l’Afrique de l’Est, je conclue la première moitié de mon grand voyage autour de la Terre. En bonne forme physique malgré tout, je ressens une légitime usure mentale. Heureusement, j’y suis accueilli avec une grande bienveillance, au sein d’un foyer aussi douillet que chaleureux, qui constitue pour moi un véritable havre de paix. Les premiers mois passés ici, dans ces conditions privilégiées, sont l’occasion pour moi de me remettre de mes émotions et de recharger tranquillement mes batteries, sans oublier, bien sûr, d’explorer la fascinante beauté sauvage de l’Ile Intense.





En effet, l’île la plus occidentale des Mascareignes, à quelques milles nautiques du Tropique du Capricorne, présente des caractéristiques physiques exceptionnelles. Emergeant de l’Océan Indien voilà « seulement » trois millions d’années, elle comporte à l’Ouest un massif volcanique éteint depuis douze millénaires. Les effondrements successifs et une érosion féroce y ont sculpté un relief extrêmement tourmenté ; celui-ci est composé de pics acérés culminant à 3000 mètres, et de trois cirques très encaissés, ceinturés de remparts abrupts, jusqu’à un kilomètre de haut. Au centre, des plaines bombées de faible altitude séparent ce massif de celui de la Fournaise, à l’Est. Vieux de 500 000 ans, il est l’un des volcans les plus actifs au monde et continue d’allonger la diagonale de l’île, soixante-dix kilomètres aujourd’hui, en déversant régulièrement ses coulées de laves brûlantes au Sud-Est. Ici, le seul repère horizontal est l’horizon lui-même, où se mêlent le ciel azur et l’océan d'un bleu plus profond.
Soumis aux alizées, le climat est de type tropical humide. Attirées par le relief, les pluies sont très abondantes en été, encore accentuées par le passage de cyclones dévastateurs entre janvier et mars. Les rivières, qui creusent partout de profondes gorges, deviennent alors de monstrueux torrents. En ce moment, c’est l’hiver austral, plus paisible : le temps est assez frais et sec. Mais ces généralités cachent de nombreux microclimats ; il pleut par exemple sept fois plus sur la côte Est que sur le littoral occidental.
Ces différences permettent à la flore d’afficher une diversité incroyable pour un si petit territoire. On y trouve notamment des forêts primaires préservées, très humides ou semi-sèches. Plus de mille plantes sont ici répertoriées. Par contre, la faune de la Réunion est plus modeste, du fait de sa relative jeunesse ainsi que de l’activité humaine. Le dodo, une espèce de poulet gros comme une autruche aujourd’hui disparu, n’est d’ailleurs plus que l’emblème de la bière locale.

Il est surprenant d’apprendre que l’île est encore inhabitée lorsque des portugais y débarquent en l’an 1500, et que les premiers habitants sont douze mutins bannis de Madagascar en 1646. Les autorités françaises, de retour des années plus tard, constatent qu’ils se sont parfaitement acclimatés : en 1665, les premiers colons débarquent sur l’île alors nommée Bourbon. Un demi-siècle plus tard, elle connaît un important essor économique grâce au café, cultivé par des esclaves de plus en plus nombreux, est-africains surtout.
Ensuite, afin de nourrir l’Ile de France, Maurice aujourd’hui, ainsi que les troupes engagées dans la guerre des Indes, on diversifie les cultures. Début XIXe, sous Napoléon, outre la culture d’épices et de vanille, la canne à sucre devient prépondérante, puisque son cycle de croissance lui évite de subir les cyclones. Les colons s’enrichissent, mais la révolte gronde et certains captifs s’enfuient dans les cirques impénétrables. Ils seront pourtant traqués jusqu’à l’abolition de l’esclavage le 20 décembre 1848. Quatre ans plus tard, un créole accède au poste de gouverneur.
On fait alors massivement appel à des engagés indiens, mais l’Europe tire désormais le sucre de la betterave, entraînant l’effondrement de l’économie locale. A la fin du XIXe, l’immigration se stabilise et les propriétaires commencent à louer leurs terres à des paysans indépendants. Après la seconde guerre mondiale, la misère est latente, mais le gouvernement consent enfin à reconstruire l’économie et à introduire le progrès social. L’instauration de la Sécurité Sociale et l’éradication du paludisme sont des avancées majeures. La population augmente alors rapidement.
Avec l’apport de nombreux fonctionnaires bien rémunérés, la modernité apparaît finalement dans les années 70. Le réseau routier se densifie, l’habitat s’améliore et le tourisme se développe. De nos jours, les prix des terrains s’envolent, surtout sur la côte où se concentre la population. Les denrées sont également coûteuses, puisque une bonne moitié est importée. La croissance est soutenue depuis une dizaine d’années, mais le chômage reste également très élevé, de l’ordre de 25%.

Certes, ses premiers enfants étaient déjà métis, mais aujourd’hui, la Réunion n’a jamais aussi bien porté son nom : le million d’habitants à des origines très variées : malgaches, africaines, indiennes, chinoises, ou européennes. Même si le communautarisme perdure, à travers les pratiques religieuses, chrétienne, hindou, ou musulmane notamment, ces racines diverses se mêlent allégrement, formant une culture créole fièrement revendiquée. On la retrouve entre autres dans la musique, comme le maloya, chanté par des générations d’esclaves, mais surtout à travers la langue créole, un patois que n’aurait pas renié ma chère grand-mère. Après quatorze pays francophones visités, c’est la première fois que je vois ma langue natale écrite différemment : « cé nou la fé ! », comme ils disent.



Le premier choc, en arrivant, est bien évidemment le relief radical face à moi ; le second, c’est l’excellente qualité des infrastructures. La route des Tamarins, construite en porte-à-faux dans la pente, n’est qu’une succession de ponts enjambant d’innombrables ravines. Elle aurait coûté la bagatelle d’un milliard d’euros. A Saint-Pierre, deuxième agglomération et capitale du Sud sauvage, je reste pantois devant la netteté des bâtiments et la propreté des aménagements. C’est là, devant le front de mer que je retrouve Benoît. Je connais ce garçon depuis le collège, mais nous ne nous sommes jamais fréquenté. Nous avons en fait un grand ami en commun, Rodolphe, mon ancien colocataire dans les Pyrénées. Il a lui aussi habité ici il y a quelques années et m’a chaudement recommandé. A nouveau, je suis donc généreusement accueilli par des gens que je ne connais pas, ou si peu.

Ben me conduit dans les hauts, un peu la campagne comparés au littoral urbanisé, où il habite une charmante petite maison en bois, récente et bien équipée, avec sa femme et sa fille. Sur le pas de la porte, Karine m’embrasse comme une vieille connaissance et la ravissante Naturelle me saute déjà dans les bras.


 
Acclimaté depuis longtemps à des chaleurs caniculaires, j’encaisse difficilement les températures glaciales à six cents mètres d’altitude, à peine vingt degrés : je tombe instantanément malade, signe d’un évident relâchement. Mal en point pendant une semaine, je ne sors plus mon stylo et ne fais plus le moindre exercice. Je me contente de bouquiner ou de contempler la vue plongeante depuis la terrasse. Ainsi, Je m’intègre en douceur au foyer, soigné par mes hôtes à qui je conte quantités d’anecdotes. Petit à petit, j’apprends à les connaître. Ben et moi avons beaucoup de points communs : même âge, même ville d’origine, même culture alternative ou interrogations existentielles. Il est surtout un homme de convictions s’efforçant de les mettre en application. Amoureux de la nature, il nourrit sa famille de produits biologiques et cultive avec soin son jardin étagé, où se trouvent quelques poules et une ruche ; il pousse même la logique jusqu’à pétrir son pain. Adepte de la médecine par les plantes et de méthodes parallèles d’épanouissement, ses réflexions l’éloignent de la pensée unique, ce qui nous vaut de passionnants débats philosophiques. Professionnellement, il a récemment lancé une agence immobilière que madame gère depuis la maison. Mais il préfère se consacrer à sa famille et grâce à son efficacité, il ne s’occupe qu’à mi-temps de l’aspect commercial. Pour Karine, la partie administrative ne semble pas être une charge de travail insurmontable ; elle a tout le temps de prendre soin de son bébé. Elle partage avec son homme le goût de pratiques non-conformistes : naturopathie ou alimentation bio entre autres. Elle s’est aussi découvert une sensibilité pour la lithothérapie, qui utilise l’énergie contenue dans certaines pierres, qu’elle exerce de temps en temps dans une proche boutique. Egalement sportive, c’est une femme épanouie et joyeuse.
Quant à la petite Naturelle, née trois jours seulement après mon grand départ, elle approche deux ans : le bébé est en train de devenir une petite fille. Elle marche à peine et ne parle pas encore, mais elle apprend très vite. Ses parents lui accordent toute leur attention tout en lui laissant beaucoup de liberté ; Naturelle est une enfant sage, rieuse, et particulièrement éveillée. Puisque j’adore les enfants, je deviens rapidement un tonton tantôt joueur, tantôt éducateur. Souvent, je l’emmène exercer son agilité naissante en bas du chemin qui se perd dans les champs de canne.

Je finis par quand même par aller mieux et avoir des fourmis dans les jambes. Mon décrassage s’effectue à vélo : en trois coups de pédale et vingt minutes, on peut se retrouver sur la côte, mais la remontée, deux bonnes heures en danseuse, est une forme de torture. Je préfère définitivement les balades à pied dans les environs. Parfois, Ben, m’emmène nager à la plage ou explorer une ravine ; en retour, je l’invite à quelques remarquables concerts. Pendant l’un d’eux, heureux hasard, je tombe sur Seb, un bon camarade de ma formation de menuisier. Il est toujours aussi drôle et comme nous ne nous sommes pas revus depuis des années, notre tournée des bars nocturne est à la hauteur de la coïncidence. Plus calmement, je rattrape le retard dans mes écrits, sur l’ordinateur du séjour qui est aussi ma chambre. Nous recevons parfois quelques sympathiques visiteurs, des zoreils (métropolitains) ou des yabs (créoles) ; l’occasion pour Ben de prouver ses talents de cuisinier en mitonnant les spécialités locales, le fameux rougail-saucisses ou le carry de zourites (pieuvres).



C’est alors que mes parents me rejoignent pour deux semaines. Après les embrassades à l’aéroport de Saint-Denis, je les ramène vers le Sud au volant d’une voiture de location, dans le bourg de Petite-Ile, où je nous ai déniché un logement agréable. Après le Gabon, c’est la seconde fois que mon papa et ma maman s’invitent sur ma route et la joie de les revoir reste la même. Ils sont en pleine forme et ça tombe bien : deux semaines passent très vite et comme je n’ai moi-même encore rien vu de l’île, je nous ai concocté un programme chargé. Jour après jour, sur des routes extrêmement sinueuses, nous parcourons presque deux mille kilomètres, à la découverte d’endroits plus fantastiques les uns que les autres.

L’ascension du Piton de la Fournaise restera forcément inoubliable. Après avoir traversé en voiture la Plaine des Sables, auquel un tapis de cendres grises confère un aspect lunaire, nous examinons, du haut de la falaise, le gigantesque enclos tapi de lave durcie, et face à nous, l’énorme cône brun. Telles de vaillantes fourmis, nous dévalons les six cents marches taillées dans le roc et entamons notre longue marche dans ce paysage désolé, à l’échelle démesurée. Nous évoluons d’abord sur un terrain de petites bosses lisses, puis beaucoup plus loin, enfin sur les flancs du monstre, nous devons nous appuyer sur des pierres noires acérées, perplexes devant ces anciennes rivières de magma pétrifiées. Plus haut encore, les pierres deviennent brillantes et très coupantes ; l’ascension se corse et ma mère commence à donner des signes de fatigue. Mais l’arrivée au sommet, à 2600 mètres au-dessus de la mer qui nous encercle, en valait la chandelle. Nous restons stupéfaits devant le spectacle époustouflant du cratère Dolomieu, un gouffre béant de trois cents mètres de profondeur. Même si la dernière éruption date de 2010, les inquiétantes fumeroles qui s’échappent du fond indique que le calme absolu des lieux reste précaire. Sur le retour, malgré son courage, ma mère est épuisée. D’un côté, je m’en veux de lui infliger un tel effort, mais d’un autre, je me réjouis de la voir dépasser ses limites ; je suis surtout très fier d’elle. Après plus de six heures de marche, je dois la soutenir pour remonter l’interminable escalier. Pourtant, comme mon père et moi, elle est ravie de la balade.








Quelques jours plus tard, nous partons explorer, via cinq cents virages et lacets, le cirque de Cilaos. La bourgade du même nom est perchée sur un plateau étriqué, au beau milieu d’un chaos minéral inouï. Des gorges insondables serpentent entre de gros pics pointus, et l’ensemble est entouré de hautes montagnes, très raides mais pourtant recouvertes d’un épais manteau vert. De là, Nous suivons un étroit sentier s’enfonçant dans une superbe végétation tropicale, jusqu’à atteindre l’une des dizaines de cascades des environ. Etant données les dimensions du canyon creusé dans la roche, on peut s’imaginer la puissance prodigieuse, pendant les déluges estivaux, de ce qui n’est encore qu’un simple ruisseau. Pour nous remettre, nous déjeunons tout au fond du cirque, à l’Ilet-à-Cordes, un village de bout du monde, devant un décor éblouissant.








Avant de nous quitter, nous accomplissons une dernière randonnée, cette fois dans l’extraordinaire forêt de Bébour. Sous la canopée de cette forêt primaire, extrêmement humide, nous circulons pendant des kilomètres sur une étonnante plateforme en bois, sans laquelle les lieux seraient impénétrables. La nature exubérante ne cesse de nous émerveiller, mais à la fin du chemin, nous découvrons une scène irréelle. Devant nous se déploie le Trou de Fer, plutôt étroit mais d’une profondeur abyssale. Une cascade vertigineuse dégringole au fond, et les nuages, qui cachent la vue par intermittence, ajoutent une touche de magie.








Entre temps, nous profitons des rares plages : à Grand Anse, un écrin de verdure, un bassin entouré de grosses pierres protégeant des vagues violentes s’est transformé en un véritable aquarium, dans lequel nous barbotons en épiant des poissons multicolores ; à l’Hermitage, devant les eaux cristallines du lagon, l’ombre des filaos est propice à une sieste sur le sable blanc. Nous arpentons aussi les rues animées, les parcs soignés et les marchés typiques de Saint-Pierre et Saint-Denis, qui conservent un certain charme colonial ; en faisant les boutiques, ma mère ne manque pas de me rhabiller des pieds à la tête. Nous allons jusqu’au Grand Brûlé, où le volcan gagne du terrain sur l’océan ; le sol fume encore par endroits, cinq ans après la dernière coulée, et la nouvelle route passe trente mètres au-dessus de la précédente, engloutie par le flot de roche en fusion. Nous nous émerveillons devant les fleurs exubérantes d’un jardin botanique luxuriant, ou bien dans la Vallée de Takamaka, plutôt un canyon colossal. A ce rythme effréné, cette heureuse parenthèse familiale se referme en un clin d’œil.








Mes amis, en me proposant de revenir loger chez eux, prouvent que l’affection que je leur porte est réciproque ; je réintègre donc mes quartiers avec plaisir. Cette fois sur le balcon à la vue imprenable de l’étage, où j’installe un bureau, je reprends consciencieusement mes travaux, que Karine vient régulièrement interrompre pour de joyeux bavardages brumeux. Quant à Ben, il ajoute encore une corde à son arc en louant un terrain agricole planté de mandariniers. Mais le verger est à l’abandon depuis des années, et il faut commencer par défricher ; je me propose évidemment de l’y aider. Armés d’une simple machette, jour après jour, nous dégageons une véritable jungle de lianes et de ronces entremêlées. La densité est telle qu’on ne distingue pas les arbres à moins d’un mètre ; mais des kilos de mandarines juteuses récompensent nos efforts. Naturelle, débordante d’enthousiasme, se lance désormais dans de longs monologues mystérieux ; elle sait aussi compter jusqu’à quatre, un deux quatre ; et elle parvient à faire de gracieux petits sauts de cabris. En outre, des randonnées plus belles les unes que les autres s’enchaînent, tandis que les soirées festives se succèdent dans la bonne humeur.




Parmi mes trois copains, confortablement installé et bien nourri, j’ai bien conscience d’être privilégié ; un peu trop même, car j’ai parfois tendance à oublier que je ne suis que de passage. Les semaines défilent et la mousson s’abat sur l’Asie. Bientôt, les pluies cesseront là-bas, m’indiquant le signal du départ. Or, il me reste encore à m’atteler à une tâche très excitante : l’élaboration, avec une précision chirurgicale, de mon prochain itinéraire.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

OK, je te suis depuis quelques temps : t'es un épicurien. Tu te promènes, tu bénéficies de la gentillesse des gens. Mais qu'est ce que tu apportes toi à tous ceux que tu rencontres ? Qu'est ce qu'il leur restera ? Est ce que tout ça ne sert qu'à toi et à assouvir ta curiosité ou est ce que ça sert aussi aux autres ? Au bout de ton voyage, tu reviendras dans ton luxe français et eux resteront dans leur (+/-) misère. A mon avis, 2 options s'offrent à toi : monter un vrai projet et aider ou ne jamais rentrer et partager leur vie jusqu'au bout. Qu'est ce que tu choisis ?

Jérome a dit…

Pour commencer, j'aimerais savoir qui tu es, toi qui pense me connaitre suffisamment pour pouvoir me juger.
Ensuite, on pourra peut-etre discuter...

Anonyme a dit…

Oulala ! Calmons nous, c'etait juste un peu de provoc. Normalement tu aimes ca (aimait ?). Je voulais juste savoir si dans ton parcours tu n'avais pas eu envie a un moment de te poser et de construire quelque chose. Quelque chose de perenne. Qui restera et surtout qui servira.

A aucun moment je n'ai souhaité te juger, ni toi ni personne. Je trouve ca meme super de voyager, de rencontrer du monde, d'autres cultures, de se mettre en danger, ... Mais vas y, fais quelque chose. D'utile. Pour les autres mais aussi pour toi. La construction y a rien de mieux.

Un (ex) ami qui te veut pas du mal et qui t'a donné quelques leçons dans le temps. Enfin, quelques corrections quoi ...

Jérome a dit…

Bien sur que j'apprécie la provocation ! Mais j'aime savoir qui je dois chambrer en retour... Allez, courage, dis-moi qui tu es, et je te répondrai.

Anonyme a dit…

Romain FOUCHER

Jérome a dit…

Romano, j'suis cloué, vieux bandit !
envoie une adresse mail et un tél

Anonyme a dit…

rom1foucher@yahoo.fr

Anonyme a dit…

laisse tombe tout sa et rentre chez toi

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